Wicked Wisdom Wicked Wisdom

WICKED WISDOM
Wicked Wisdom (2006)

LINE UP :
Jada Pinkett Smith (chant)
Pocket Honore (guitare)
Cameron Graves (guitare+claviers)
Rio (basse)
Philip « Fish » Fisher (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Bleed All Over Me
Cruel Intention
Reckoning

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Octobre 2006)

NOTE :
14.5 / 20

Tiens donc, Jada Pinkett Smith fait du métal! Connue du grand public depuis son rôle de Niobe dans Matrix -et son mariage avec Will « prince de Bel-Air » Smith-, la jeune femme se lance sans crier gare dans un domaine où on ne l’attendait sûrement pas. Et elle ne s’est pas entourée de manchots : la présence du monstre Fish à la batterie (Fishbone tout de même) suffit à faire lever le sourcil. Le groupe ayant fait ses preuves en live dans les clubs de Los Angeles et à la Ozzfest, il ne lui reste qu’à prouver son talent sur disque. Y parviendra-t-il?

Avant de parler du chant de Jada, il faut s’intéresser au cas Fish à la batterie. Dès le titre d’ouverture Yersterday Don’t Mean il lâche la double-pédale avec une vélocité et un aplomb peu communs. On est dans la ligue des grands batteurs de speed ou de death, et rien que ses parties rassurent quant à l’orientation commerciale que le côté people de la frontwoman de Wicked Wisdom aurait pu faire craindre. C’est du métal et du vrai, et le même constat vaut pour les riffs de guitare gras au possible de la paire Honore/Graves qui font le grand écart entre rythmiques métal ou hardcore de marteau-piqueur et funk-métal groovy, parfois sur le même titre (One). Et Jada me demanderez-vous? Et bien elle a la rage et ça s’entend. La donzelle renforce le côté hardcore du tout en rappant énormément dans un flow revendicatif pas mal du tout, mais on peut l’entendre (bien) chanter sur certains titres comme Bleed All Over Me ou Forgiven et elle se permet même de lâcher quelques hurlements growl çà et là! Qui l’eût cru?

Autre très bonne surprise : le son de cet album est massif et guitares comme basse remplissent très bien l’espace. La musique de Wicked Wisdom étant pensée avant tout pour être efficace c’est une très bonne chose, et le potentiel live de cet album s’impose immédiatement à l’écoute. L’aspect rapcore de certains passages comme l’opener Yesterday Don’t Mean… (qui est un rouleau compresseur) est contrebalancé par l’énergie positive et groovy du reste, à l’image de Something Inside dont les riffs en salves doublés à la grosse caisse pourraient sortir d’un album de Fear Factory avant que le refrain presque pop ne nous prenne par surprise. Et force est de constater qu’une telle mixture de gros riffs et de feeling soul/funk n’avait pas caressé nos oreilles depuis les splits respectifs de Skunk Anansie et Faith No More. Le créneau dans lequel s’inscrit le groupe est donc loin d’être saturé, et l’énergie comme la sincérité évidente dont la formation fait preuve leur donnent un avantage certain.

La démarche de Wicked Wisdom a malheureusement tendance à s’essoufler un petit peu sur la longueur, et le milieu de l’album renferme des titres plus anecdotiques qu’on passera sans remords. En effet le groupe est moins percutant quand il laisse l’énergie métal de côté pour se concentrer sur la recherche d’émotions (la ballade convenue Forgiven, l’expérimentation rock ratée Set Me Free), mais sur les dix chansons de l’album on compte tout de même une proportion de bombes assez impressionnante : le très néo One donne irrésisitiblement envie de sauter partout et la pêche punk-rock de You Can’t Handle couplée à des couplets ambiancés et groovy rappelle presque les heures joyeuses et regrettées de Snot. C’est donc un premier album inattendu et très prometteur qui débarque en cette fin d’année 2006 pour raviver une scène fusion devenue quasi-inexistante ces derniers temps, et au-delà de la curiosité légitime provoquée par l’identité de la frontwoman on vous enjoint à jeter une oreille sur ce CD dense, efficace et très bien fait. Du bon!