Unwritten Law The Hit List

Énième groupe de modern-rock à la sauce MTV devenu respectable avec les années, les quatre gus d’Unwritten Law nous viennent de Californie (original). Malgré la ferme impression de déjà vu, ils réussissent à imposer leur panache par un réel goût du jeu et un sens du « fun » indéniable, et ne sont même pas à l’abri d’une certaine finesse de composition lors de certains accidents. L’occasion de découvrir ces inconnus en France par leur premier best-of : The Hit List !
Après une introduction mensongère (où on pourrait croire avoir à faire avec un groupe mélodique) surgit sans prévenir une brusque transition vers le “Kashmir” de Led Zeppelin – enfin dans une version légèrement trafiquée puisque créditée par le groupe. Pour résumer la musique qu’Unwritten Law nous livre sur The Hit List rien de plus simple : prenez les bases du modern-rock européen, saupoudrez d’une pincée de nü-metal à la Linkin’ Park, d’une goutte de l’esprit jeune et dérisoire de Weathus, touillez avec un zeste du california-punk d’Offspring, concassez à la production sans faille d’Evanescence, ajoutez-y beaucoup de sucre : vous obtenez Unwritten Law ! Un concentré de vague où le «rock» ne symbolise plus grand chose tant ses sous-genres ont enfanté de sous-styles. Grunge, post-punk, emo, et toujours indie, tout y passe. Sans pourtant être catalogué dans un de ces styles, le groupe n’a pas hésité durant sa carrière à mélanger toutes ces fibres pour s’adapter à la jeunesse auditive.
Une jeunesse qui hante jusqu’aux titres du groupe. Admirez plutôt : “Rescue Me”, “Up All Night”, “California Sky”, “Save Me (Wake Up Call)”, “Lonesome”… n’est-ce pas là un éloquent registre de thèmes adolescents ? Le groupe sait ce qu’il représente, et 15 ans dans les dents ne l’empêche pas de continuer à hurler comme à l’accoutumée. Il est d’ailleurs malheureux que pour exprimer ce fameux « malaise générationnel adulescent par la rébellion contre l’autorité de la morosité », ce pauvre Russo doive s’arracher la voix, comme sur “She Says” où il hurle plus fort qu’une mouton égorgé à la scie à pain. Mais qu’a-t-on fait à cet homme pour qu’il souffre ainsi ? Un morceau comme “Teenage Suicide” est à ce titre bien mieux réalisé – demi-mesure, rythme saccadé, hymne à reprendre en chœur… À sa grande période, Unwritten Law savait cracher de rudement bons morceaux.

Et dans leur genre (un peu foireux) “Celebration Song” ou “Up All Night” sont absolument parfaites ! Fermez les yeux et écoutez ça, vous verrez instantanément se matérialiser devant vous un « college » états-unien avec ses blondinettes en mini-jupe, ses tombeurs en t-shirt de baseball et son professeur noir (je sais, mais on m’a obligé à mettre un quota dans ma chro’). Tout comme Green Day ou Nickelback, (en moins connu chez nous) Unwritten Law sait mêler les vieilleries larsenisantes vaguement garage à du gros son qu’on sent sorti d’ailleurs que d’une cave. L’excellente inédite “Shoulda Known Better” remporte ainsi la palme de l’accroche crade à la résonance infinie. Pourtant la musique dispensée est d’un commun fatiguant et d’un creux rare… mais l’objectif est atteint avec brio ! On sent chez beaucoup de groupes de cette vague MTV une facilité frappante à composer et à sortir des disques qui, s’ils n’inventent rien, ne peuvent se voir accuser d’inintérêt total – mais jusqu’à quel point les producteurs y sont pour quelque chose ?
Car comme souvent dans ce style, il n’y a rien à dire du côté de la production : tout est parfait, lisse et résonne sans peine. Qu’il s’agisse des minoritaires extraits de leurs premiers albums à la sauce speed des suivants plus victorieux, tout sonne à l’identique. Certes le groupe n’en est pas à ses débuts (leur premier album a déjà 13 ans d’âge) mais il est très curieux d’apprendre que pour l’occasion de cette sortie, Unwritten Law a choisi de ré-enregistrer tous les morceaux qui datent de leurs précédents line-up ! En plus de formater tous leurs précédents efforts aux critères de notre époque, cela donne une image plutôt antipathique du groupe, qui renie tout bonnement ses anciens musiciens en passant à l’as leur participation. Un choix aussi incompréhensible qu’irrespectueux qui ne participe pas à rendre le groupe sympathique…
Enfin, et dernier énorme de défaut : pourquoi étaler 20 pistes pour une heure et quart de musique quand on n’en a pas entièrement les moyens !? Si au moins les Unwritten Law torchaient des morceaux urgenteux de deux minutes au compteur ; mais non, tout avoisine les trois voire quatre minutes, alors inutile de dire qu’écouter le CD du début à la fin relève de l’épreuve tant les pistes se ressemblent. La réédition des anciens morceaux avec les musiciens actuels aggrave ce souci car tout se met à résonner encore plus proche, le best-of ne rendant même plus compte de l’évolution du groupe !
On ressort vite fourbu et saoulé par l’épreuve qu’incombe ce CD. Comme chez tous les groupes de sa génération, Unwritten Law a des capacités évidentes qu’on ne peut nier mais s’engouffre dans des pièges faciles, de la redondance et une sur-dose rebutante pour les non-initiés. A ne conseiller qu’aux gens voulant découvrir le style, et aux hardcore-fans.