Symphorce Become Death

Symphorce approche tranquillement des dix ans de carrière et continue à diversifer son propos album après album. Godspeed avait montré un combo désireux de lier le côté epique du power mélodique avec la violence du thrash voire le groove du néo, et ce avec un certain succès. Deux ans et un changement de batteur plus tard, Andy B. Franck et ses troupes sont de retour avec ce Become Death dont le titre comme la pochette sont très évocateurs : on n’est pas là pour gambader dans les clairières avec moult pinsons et petits lapins, on est là pour faire du lourd, du dark, du méchant.
Au cas où on n’aurait pas compris, « Darkness Fills The Sky » attaque sec : une intro mélodique malsaine très Machine Head dans l’esprit, puis c’est un plan limite death qui déboule sans prévenir! Le couplet est très thrash et très moderne, et Andy B. Franck surprend son monde en balançant son chant le plus violent à ce jour, allant carrément jusqu’au growl. Quand on l’entend enchaîner un chant puissant et haut-perché sur le refrain typiquement power/heavy qui déboule derrière on est un peu soufflé, et ça ne fait que commencer. Il faut dire que l’homme déploie sur cet album une palette très impressionnante, reliant sans souci les registres de Bruce Dickinson et Robb Flynn. Il maîtrise parfaitement son organe et dépasse de fait son statut de « simple » bon chanteur pour devenir référentiel sur cet album, rien que ça. Il faut dire qu’en modulant de la sorte il ne fait que suivre la musique de son groupe, qui semble décidé sur cet album à explorer le plus de domaines possibles dans le métal.
Le riff ultramoderne et syncopé qui ouvre « Death Has Come » est non seulement irrésistible, mais la compo donne dans un power-heavy racé sur lequel B. Franck se fait plaisir à monter ou descendre à loisir le taux d’agressivité de la musique avec ses modulations de voix. Le deuxième titre s’ouvre sur une intro electro, les sonorités synthétiques venant ensuite servir de base aux couplets qui frisent l’indus-goth. Le gothique est d’ailleurs la nouvelle couleur de la palette de Symphorce : absent de Godspeed, cet élément éxplose sur plusieurs compos tels l’intro de « In The Hopes Of A Dream » qui semble carrément tirée du One Second de Paradise Lost. Le mimétisme du plan est tel qu’on aurait hurlé au plagiat total si le couplet heavy et le refrain mélodique ne partaient pas dans une autre direction ensuite. Le groupe récidive avec « Inside The Cast » : le couplet fleure bon Moonspell (chant compris), alors que le refrain est un exemple de heavy mélodique lyrique de haute volée. Et ça marche…

En effet, si on peut légitimement reprocher au groupe de ne pas assez assimiler ses différentes influences avant de les mélanger, il est évident que Symphorce possède une forte identité… en grande partie grâce à son chanteur tant la voix multi-fonctions de B. Franck unifie la musique du quintet. Dire que cet album est varié relève de la litote, et on lui reprochera surtout un certain manque de dynamique : là où Godspeed était pensé pour baffer l’auditeur un peu plus à chaque titre, Become Death ne suit aucun chemin particulier, se contentant d’enchaîner les ambiances. Plus aventureux que son prédécesseur, cet album confirme en tout cas que Symphorce reste toujours aussi actif et énergique après une carrière déjà longue. Malgré certaines maladresses on profitera donc de cet album mineur mais plein de bonnes idées, et on célèbrera l’arrivée officielle d’Andy B. Franck dans le cercle fermé des Chanteurs de Métal Qui Poutrent Sévèrement. Vaut qu’on y jette une oreille.