Heavy Heavy Low Low Everything’s Watched, Everyone’s Watching

Amis de la poésie, bonsoir. Sur une imagerie de salle de bain crade (il fallait y penser), les cinglés d’Heavy Heavy Low Low ont décidé de nous asséner onze morceaux d’un genre de grindcore complètement barré, et ceci pour une durée totale de vingt-deux minutes! Enchaînant joyeusement death, jazz, heavy et postcore sur des paroles introspectives dont il est difficile de savoir si elles sont parodiques ou pas, la jeune formation californienne nous délivre une galette à la fois réjouissante totalement infréquentable.

Le fan de grind se sentira chez lui à l’écoute de l’opener This Is Really Testing The Patience That I Never Had : trente-trois secondes de haine pure hurlante, blast-beat et grosses dissonances à la clé, ça vous calme un homme. Gros son, chanteur psychotique, musiciens sous acide : tout ça ressemble dans l’esprit à un bon vieux Napalm Death première époque, quand le groupe ne savait pas jouer à moins de 335 à la noire. Mais la sauce se complique nettement dès les titres suivants : si la folie s’exprime toujours par le biais d’un chant postcore de type « dégueulis radioactif », le groupe se met soudain à complexifier sa musique à outrance et à partir vers les verdoyantes terres de l’expérimental.
Robbie Smith est assez proche d’un Chino Moreno dans sa tendance à enchaîner hurlements hystériques et phrasé plaintif, et son chant colle parfaitement bien à la musique sans queue ni tête de son groupe. Les beats disco sur chant death laissent place à de gros riffs Panteriens puis à des beat-downs hardcore écrasant (le hardcore restant le style-pivot), sans compter les délires jazzy et l’hilarante intro pop-punk de Kids, Kids, Kids qui tape juste et permet de profiter pleinement du plan brutal-death qui débarque derrière. Et c’est ainsi à longueur d’album : les titres dépassent rarement deux minutes et sont tout autant de grosses claques aussi violentes que foncièrement désaxées.
Les paroles semblent tirées du journal intime d’un psychopathe et laissent parfois perplexe car elles tirent autant vers l’absurde stupide que vers la poésie, ce qui est assez fort. Aucune continuité entre elles en tout cas, ce qui est le cas de l’album dans son ensemble : difficile de retenir une chanson en particulier dans cette déferlante schizophrène où le groupe semble exprimer soit un malaise perceptible soit une énorme parodie de ce malaise. Cette maîtrise du second degré rend Everything’s Watched, Everyone’s Watching sympathique, même si le tout est bien trop déstructuré pour être réellement bon. Les amateurs de trucs débiles et de violence gratuite se régaleront un temps, les autres fuiront à bride abattue.