He Is Legend Suck Out The Poison

Le désert du sud des États-unis. Pas un bruit, pas un chat. Seul un muad’dib (petit rat du désert) qui extirpe laborieusement une pochette crasseuse du sac d’un quelconque facteur mort de soif qu’il a trouvé étalé là. Il a suffi qu’il frôle le petit paquet métallique qu’il portait autour du cou pour qu’après un bond de surprise il perçoive sa musique des plaines désolées.

Bien qu’il ne connaisse pas ces nouveaux styles de metal et de screamo, il sait par contre reconnaître d’où viennent les bases du groupe. Immédiatement lui reviennent successivement en mémoire le Creedence Clearwater Revival et Lynyrd Skynyrd, les rythmes country lourds et les voix cassées, les pick-up en rade et l’odeur d’essence chaude. Le rat met un temps à s’habituer aux sonorités nouvelles, il n’est pas habitué à un tel taux de saturation – mais ce changement est accessoire. Qu’il s’agisse de l’entrée “Dixie Wolf” ou de l’hymne “Suck Out The Poison”, le contact démarre sans peine et il ne met pas longtemps à apprécier.
Il comprend lentement les codes et les images qui régissent ces procédés. Il suit le parcours d’un chemin de fer pour train à vapeur qu’il peut observer sur la pochette. En jetant un oeil sur le petit morceau de carton, la lecture de “Serpent Sickness” ou “Attack of the Dungeon Witch” lui évoque les frasques cendreuses de Molly Hatchet, et la musique ressemble en effet à une version moderne et abîmée du Molly. La plus grande différence qu’il puisse relever d’avec la musique qui l’a élevée, ce sont tous ces développements étranges que contiennent les morceaux. Il comprend que pour pouvoir encore se diversifier, les musiciens ont appris à déranger et leur musique a dû se complexifier.
Heureusement pour le rat, l’atmosphère de roc brûlant qu’il a tellement chérie dans son enfance est toujours là. Les expressions distordues des guitares lui semblent tout de même plus cadrées. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce nouveau metal ne lui évoque pas autant de poussière et de chaleur que l’ancien southern-rock, même malgré les hurlements rageurs du chanteur. Sur certains titres il a même l’impression d’entendre un disque nocturne, une représentation des nuits froides et venteuses du sud (“Mushroom River”) en opposition avec la terre brûlée qui lui ronge les poils le jour (“The Widow of Magnolia”).
Le rat grignote patiemment ce qu’il entend. Son contact avec des morceaux alambiqués tels “China White II” l’a laissé pantois. S’il avait entendu toutes sortes d’étrangetés dans les musiques qu’écoutent les jeunes, il ne connaissait pas cet étonnant mélange. Il est encore plus surpris par “Cannonball Hands” et “Opening” qui lui montrent que de jeunes humains énervés sont toujours capables de calmer leurs ardeurs et de composer, au moins pour la première, de jolies passades acoustiques aquatiques. Et lorsqu’au lac sec les brebis sont abreuvées, elles recrachent un “(((Louds” bluesy qui clôt leur album enflammé avec grandeur.
Si les bonnes choses ont une fin, le rat ne regrettera pour autant pas de laisser le disque sur place. Trop long, trop fouillis… certains passages lui étaient même fortement antipathiques (“Mushroom River”, “Stamped”) et il y a fort à parier qu’il s’en serait vite lassé. Il en a vu d’autres et il sait que les gamins ont besoin de temps. Il y reviendra une prochaine fois. Quand il aura de nouveau faim…