Abandoned Thrash You

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A peine un an après son premier album Thrash Notes, Abandoned livre déjà sa seconde offrande avec ce Thrash You. On notera au passage cet astucieux concept : balancer le type de came dans le titre de l’album. Au moins, on risque pas de les prendre pour un groupe de prog’ ! A contrario, ça donne pas vraiment confiance dans le potentiel du groupe. Et quand on lit que leur principal objectif est de faire revivre le thrash de la Bay Area avec les possibilités techniques des années 2000, on se dit inévitablement qu’on va avoir affaire à un énième groupe banal et sans ambition…

Alors du coup, après une courte intro intitulée « Incantation » (un hommage à Helloween ?), on est presque surpris de voir débouler un titre comme « Visions of Death ». Riff percutant lorgnant sur le heavy, mélodie catchy, refrain efficace : manquait plus qu’un bon solo (une constante sur cet album, cet exercice n’étant visiblement pas un des points forts des Allemands) et on avait affaire à de la came de premier ordre ! D’autant que le second titre, « We Are Hell », se révèle du même acabit et on en viendrait presque à penser que le groupe pourrait tirer son épingle du jeu dans un genre qui fait du surplace depuis pas mal de temps. Mais attention, le thrash est affaire d’endurance, et il est difficile de tenir la distance sur tout un album. Rapidement, on se rend quand même compte que le chant est limite : la voix d’Eric Kaldschmidt, à mi-chemin entre un Peavy Wagner enroué pour le grain et un Hetfield pour les intonations, manque singulièrement de relief et d’assurance. De plus, la plupart des riffs envoient du bois, mais Abandoned peine à composer des refrains efficaces. On se retrouve avec plusieurs essais non-transformés sur les bras (« Disorder », « Damned For All Time », « This Is The End »), potentiellement très bons mais qui manquent la cible faute d’un refrain qui fait mouche.

Le tracklisting laisse aussi à désirer. Le groupe dispose d’un interlude et surtout d’un mid tempo de premier ordre avec « Too Blind to See » (malgré son final hors de propos, repompe de la reprise de « Breadfan » par Metallica complètement décalé avec le reste de la chanson), mais attend la toute fin de l’album pour les placer alors qu’on sent un léger coup de mou au milieu. De même, en plaçant « Trapped » en dernière piste, Abandoned manque l’occasion de valoriser le meilleur titre de l’album. Dommage, car c’est accessoirement un des plus originaux, avec des touches black pas désagréables dans la façon de jouer un riff purement thrash. De plus, s’il y a bien une leçon que le groupe n’a pas retenue des Grands Anciens, c’est qu’il vaut mieux 8 titres aboutis que 14 (dont une intro, un interlude et une outro) avec des passages à vides. Certes, il est plus délicat de sortir des albums de 40 minutes aujourd’hui, mais cela aurait permis d’éviter deux titres vraiment mauvais (« Feel the Fire », pourtant dispo sur le Myspace du groupe – choix déroutant qui va pas m’aider à convaincre les gens – et « In Search of Sanity »). Enfin, à noter, une outro qui est en fait une courte reprise (à peine une minute) du refrain de « Visions of Death » en acoustique et qui permet de boucler la boucle. Cela permettra aux thrasheux de draguer les minettes cet été autour d’un feu de camp sur la plage. Alors merci qui ? Merci Abandoned !

Malgré des petites erreurs, surtout liées à l’inexpérience du groupe et qui auraient pu être évitées avec un peu plus de temps, Thrash You ! est un album très agréable dans l’ensemble. Abandoned fait preuve d’un gros potentiel qu’on aurait difficilement soupçonné au départ et se place comme une possible révélation qui ne demande qu’à être confirmée par la suite, à condition de résoudre le problème du chant. A suivre.

Abandon – In Reality We Suffer

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Douce intro qui nous accueille… Peut-être est-ce pour mieux nous tromper. Ce ne serait pas la première fois. Et effectivement il en est ainsi. Abandon est un groupe abrasif, les tympans vont être secoués lors de l’écoute de cet album. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance avec cette mignonnette intro toute en touché de batterie pas violente pour un sou. Mais par la suite, les grattes terriblement grasses vous feront comprendre que Abandon n’est pas ici pour rigoler. Vraiment pas même. L’ambiance n’est pas à la franche déconnade. Le titre de l’album aura suffit à vous mettre sur la piste, ce n’est pas d’amour et d’eau fraîche dont nous traiterons ici.

Et oui! vous attendiez quoi d’un groupe de doom apocalyptique? Ah ha! Vous ne saviez pas qu’il s’agissait de doom? Soyez-en pour vos frais maintenant. L’ambiance est maîtresse et elle est affreusement lourde. Enfin de doom… J’ai rajouté consciemment l’adjectif apocalyptique à la chose (repoussante) car une forte connotation Neurosis se fait entendre (je n’en ai jamais entendu qu’une chanson issue de Times Of Grace, mais le son colle parfaitement). Dans cette ambiance post apocalypse que délivrent d’excellents riffs et ces coups de butoirs assenés de concert par la basse (très présente) et la batterie, la patte Neurosis se fait indéniablement sentir durant les passages les plus durs de la galette. Pour autant, il n’y a pas que du Neurosis, il y a aussi du Abandon car le groupe se ménage des plages plus calmes et moins stressantes (comprenez dans le bon sens du terme). Celles-ci sont un refuge pour les riffs plus calmes où les cordes sont simplement effleurées pour ne pas les casser et pour les frappes douces sur les fûts.

Cette alternance entre déchaînement et délicatesse est salvatrice sur un disque où le mal-être est omniprésent. Elle permet aussi de varier les tempi puisque les zones de turbulences, bien que toujours jouées lentement, recèlent plus de véhémence que celles plus raffinées. Ces dernières ont un tempo doom plus commun. Toujours dans cette optique de dualité musicale (psychologique aussi?) on notera que seules les parties les plus apocalyptiques sont ornées de chant. L’autre facette de la musique n’a en effet pas le droit au support vocal. Pourquoi? Peut-être parce qu’il n’y a pas dans le groupe de chanteur capable d’assumer un chant clair calme et posé qui serait de convenance avec une telle forme d’expression musicale. Car pour les moments de furie c’est un chant post hardcore couplé à un autre plus guttural toujours plus hurlé que growlé, il y a deux chanteurs, auxquels nous avons droit, en droite ligne avec la musique alors proposée. Au moins le groupe a-t-il l’intelligence d’adapter son chant au style de musique jouée.

Le tout nous donne un entrelacement de styles proches et complémentaires qui n’est pas dégoûtant du tout. Certes ce n’est franchement pas exaltant de joie de vivre et c’est plus écoeurant qu’autre chose que de devoir écouter un tel album, mais pour ceux qui apprécient, il s’agit d’un excellent choix. La furie de la saturation à outrance et la délicatesse des accords savamment distillés cohabitent avec bonheur dans ce malstrom qui arrive à dégager une personnalité forte aux couleurs de son livret torturé. Tout n’est pas parfait pour autant  puisqu’il se peut qu’on trouve le temps long lors des morceaux à rallonges qui n’en finissent pas de finir ce qui freine les ardeurs quand on sait qu’il s’agit d’un album qui s’écoute d’une traite pour être pleinement apprécié (soixante-seize minutes tout de même). Deuxième point de discorde, les chants sont lassants à la longue car pas suffisamment travaillés, maîtrisés et uniques.

Mais que cela ne repousse pas les amateurs de musique dépressive car ils trouveront ici de quoi passer du temps pour broyer leur noir, seuls bien évidemment.
Line-Up :

Johan Karlsson (chant)

Ingvar San (guitare)

David Fredriksson (basse)

Dani Cosimi (batterie)