Aborted The Archaic Abattoir

Un
album arrivé sous les feux de la rampe après deux précédents
efforts très appréciés dans le milieu de l’extrême, forcément,
l’attente est grande. Et à en lire les différentes réactions
dans les magazines, c’est jackpot cette fois! Après un
Goremaggedon de haute volée d’après la presse, voilà que ce The
Archaic Abattoir franchit la dernière marche, la plus dure, qui mènera
l’album de excellent à fabuleux. C’est grâce à ces
dithyrambes que j’ai craqué et donc acheté mon premier album de
Aborted.Première constatation, c’est violent! Du
brutal death gore sans concession. Le blast est souvent là et le
rythme est de toute façon réglé sur ultra vitesse. Deuxième
point marquant, la production est assez énorme. Toute en puissance
et carrée. Et ensuite, les riffs? Pourquoi ne pas en parler vu que
c’est un peu un point angulaire de tout album de metal. Ils sont
variés, carrés et bien exécutés. Pourtant, ils ne donnent pas
franchement l’impression de sortir des clichés du death avec dès
la première chanson ces fameux « scouiiiiiiii » en fin
de riff typiques du genre qui apparaissent. Vraiment pas original et
pour tout vous dire, une des caractéristiques du death dont je me
passe allègrement. Ensuite, pour continuer dans les lamentations,
ces riffs ont beau être variés, bien exécutés et tout le toutim,
ils ne sont donc pas originaux, mais en plus ils sont tellement noyés
dans la violence extrême de l’album qu’on ne les distingue même
plus finalement. Un comble!Car voilà, il est temps de vous l’avouer, je
n’aime pas cet album. Bien loin de toutes les enflammades que
j’ai pu lire à son sujet, il m’ennuie profondément. Arriver au
bout de ses trente-six minutes est plus un gageure qu’autre chose. Les
blasts incessants (et dire qu’ils sont censés avoir baissé le
rythme!) sont fatigants et inutiles. Ils bouchent complètement le
spectre sonore de l’album. On n’entend plus qu’eux tant et si
bien que les riffs passent au second plan. On est du coup très très
content quand enfin ils daignent aller voir ailleurs si on y est et
c’est pour ça que la fin de Hecatomb est bonne. Pas de blast! Et
un riff enfin audible. Géant. Vous l’aurez désormais compris, le
principal, et rédhibitoire, défaut de cette galette est son
outrageante inaudibilité. Certes quand on prête fortement
l’attention on arrive à discerner du bon, mais la bouillie sonore
fait front. On a l’impression dès lors d’entendre un bruit de
fond extrêmement fort pendant la (quasi) durée de l’album.
C’est paradoxal puisque la production est puissante et carrée…
Peut-être trop clinique.Heureusement les Belges ne se fourvoient pas en
permanence car outre la fin d’Hecatomb, The Inertia peut être
aussi taxée d’audible et agréable. Ce constat est d’autant
plus frustrant que Aborted est bon quand il ne blaste pas sans réfléchir.
Les parties « calmes » sont en effet très bonnes.
Dommage. Il ne faut cependant pas vous tromper, l’album est
fatigant et lassant. Ou alors, il faut l’écouter de nombreuses
fois pour en comprendre les subtilités. J’en suis à six-sept et je
n’arrive toujours pas à décoller. Et je n’ai plus envie de
faire l’effort. Ceux qui l’apprécient ont dû réussir à
passer ce cap. Je camperai sur mes positions: brouillon et ennuyeux.
En plus, vous pouvez rajouter à cela un chant death un poil varié,
mais dont la version la plus caverneuse est proprement pas du tout
originale. Comme l’album finalement (au risque de heurter ses
adorateurs).Conclusivement parlant, on peut parler d’un
grand gâchis. Car les gore belges excellent dans les parties plus
lourdes. Malheureusement, ils abusent de la solution blast beat et
roulement de double grosse caisse qui masquent tout sur leur passage
pour au final donner un album épuisant et chiant. Dommage et très
moyen donc. Copie à revoir pour la prochaine fois en éliminant ces
inutiles parties d’ultra vitesse et ce sera sûrement gagné.

Absolute Steel Womanizer

Il y
a ces riffs heavy qui fleurent bon les années 80. Ce chanteur qui
monte dans les aigus. Ces soli de shred. Puis le refrain du deuxième
titre arrive, choeurs inclus: We’re out of beer, let’s make a beer
run We’ve got to save the party Tonight! Au
moins on sait où on est tout de suite: Absolute Steel est un groupe
de heavy festif, de party metal, qui avoue n’avoir gardé de
l’esprit heavy-metal que le goût pour la fête. Le son est très bon, à la fois roots et
moderne. Le tout sonne gras à souhait: la patte des
eighties est là, et on se délectera du son de caisse claire qui
sonne comme un tir de canon renoué avec la grande époque. Idem pour
le son de guitare lead qui rappelle immanquablement les soli de
Maiden et Helloween.Cette production permet à Absolute Steel de
donner à son heavy-rock une pêche non négligeable, et cet album
vous fera probablement headbanguer et sourire si vous êtes fans du
genre. De la même manière, K2 est un chanteur heavy honorable
capable de singer beaucoup de légendes du genre grâce à sa
capacité à enchaîner chant rauque et lyrique. Le titre Rough Love
est une repompe complète de Queensrÿche (son compris) et même si
l’homme est loin d’égaler le répertoire de Tate sa performance est
assez bonne. La totalité des musiciens du groupe sont crédités
aux choeurs, et s’en donnent à coeur joie dans cet exercice.Problème: sous un aspect de bonne blague heavy
se cache un album relativement pauvre D’où vient donc cette
sensation de malaise qui s’installe au fur et à mesure que les
titres s’enchaînent? L’ambition affichée du groupe est de produire
le party metal parfait et la première moitié de
l’album atteint ce but sans trop de difficulté: les riffs sont
entraînants et les textes amusants Un titre comme Kick est même
particulièrement réussi et enchaîne les riffs pesants aux soli de
shred sans originalité mais bien exécutés, et le refrain de
Deeper est du genre qu’on reprend en choeur avec ses amis après
beaucoup de bières. Mais à ce stade la formule est déjà devenue
lassante: les riffs se ressemblent beaucoup et un titre comme Juicy
Lucy vient complètement casser le rythme. Ballade acoustique
amusante de par ses paroles, cette chanson est surtout pénible et
molle, et cela plus de cinq minutes durant. Quand le rythme repart
avec Too Slow Above c’est fini: le titre ressemble tant à ceux du début
du disque que l’effet ne prend plus.Le cadre dans lequel évolue Absolute Steel est
amusant, et la tentative de recréer l’ambiance festive et dépourvue
de prise de tête des années 80 est en soi une bonne idée, surtout
en ces temps où la quasi-totalité des groupes jouent sur le
torturé pour faire passer leurs émotions. Un peu de
positivité n’a jamais fait de mal à personne, mais c’est aussi là
que le bât blesse: on ne saurait créer un disque de party-métal
chiant! C’est pourtant ce qui arrive dans ce Womanizer qui finit par
être franchement redondant, voire totalement vain dans ses derniers
moments car l’album se clôt sur Deliverance et Opus Suite, deux
instrumentaux de shred mis à la suite! Andy Boss et Dave Bomb y
prouvent qu’ils sont rapides, précis et totalement dénués de
feeling et d’inspiration que ce soit dans une approche métal ou néo-classique.
Sans ces deux titres-boulets la note aurait été meilleure, mais là
c’est vraiment trop pénible. Dommage, car la fraîcheur des
premiers titres laissait espérer le meilleur.

Zero 7 The Garden

ZERO 7 The Garden (2006)

LINE UP :
Sam Hardaker (programmation)
Henry Binns (programmation+chant)

CHANSONS QUI TUENT :
You’re My Flame
Pageant Of The Bizarre
Today

On ne soulignera jamais assez l’importance du troisième album. Pour Zero 7 celui-ci était d’autant plus capital que When It Falls avait déçu par rapport à un Simple Things posant les bases du style minimaliste
d’un duo composé par Sam Hardaker et Henry Binns. Avec leur nouveau LP, The Garden, le groupe surprend initialement en proposant des tempos plus enlevés, une ambiance latente aussi progressive que soul, un son plus organique
soutenu par de plus en plus de « vrais » instruments et une diversité vocale accrue. Il faut dire qu’outre les impeccables Sia Furler et Jose Gonzalez, Binns lui-même se colle au chant et sa prestation sur Your Place, bien que courte et manquant un tantinet de conviction, est tout sauf anecdotique.

Sia Furler est néanmoins encore la vedette de cet opus. Sa voix qui rappelle plus que jamais la tessiture et le sens de l’émotion propre à Anneke Van Giersbergen – c’est particulièrement flagrant sur The Pageant Of The Bizarre et You’re My Flame – semble stimuler la créativité de la paire Hardaker / Binns. Ces derniers en utilisant avec parcimonie les tours de production qui pimentent certaines pistes (You’re My Flame, Today, Futures) n’en font jamais trop et laissent respirer une musique apaisante et foncièrement
positive (Waiting To Die). C’est d’ailleurs là une des forces majeures de The Garden : réussir à provoquer l’introspection sans jouer la carte de la mélancolie
débordante et forcément prévisible. Responsable de la légère tournure folk/prog prise par
l’album, seul le singer songwriter Jose Gonzalez pourrait être accusé d’amener Zero 7 dans cette voie (Left Behind) mais le
lyrisme soul funk tout en retenue de Sia Furler n’est jamais très loin (This Fine Social Scene)…

A côté de cela l’instrumental Seeing Things manque bien de piquant. En dépit de la qualité de ces atmosphères légères et épurées que semble affectionner le duo, elles auraient mérité davantage de profondeur et font donc encore plus attarder l’auditeur sur les succulents titres chantés. Dans cet exercice, Zero 7 démontre avec un certain plaisir qu’il est plus fort que jamais et qu’il maîtrise parfaitement les niveaux
de nuances des arrangements (le très progressif Crosses est l’exemple idéal) pour servir au mieux chaque
chanson, lui donner sa propre identité et la laisser vivre par elle-même.
Si on imagine aisément que certains morceaux de The Garden figureront dans
des bandes originales de films, on espère que leur destin ne se limitera
pas à cela et que Zero 7 franchisse un nouveau cap dans sa reconnaissance
commerciale car au vu du contenu proposé ce serait bien la moindre des ambitions.

Wolverine Still

WOLVERINE
Still (2006)

LINE UP :
Stefan Zell (chant)
Mikael Zell (guitare)
Thomas Jansson (basse)
Per Henriksson (claviers)
Marcus Losbjer (batterie+chant)

CHANSONS QUI TUENT :
A House Of Plague

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Septembre 2006)

NOTE :
06 / 20

« Wolverine est un mutant avec des griffes qui aime étriper des gens. Chez Wolverine on n’aime pas étriper les gens. Ce qui nous plaît le plus c’est de copier des groupes de métal prog. Ca, oui, on aime bien ! On a trouvé une approche originale : à chaque album on copie un nouveau groupe. Ca change un peu, c’est classe non ? Sur The Window Purpose on avait pompé Dream Theater en s’appliquant beaucoup, jusqu’au son de guitare shred (presque pareil !). Mais Dream Theater c’était quand même un peu trop mainstream, trop évident. Alors pour Still on a décidé de prendre un tournant décisif, de prendre des risques, de taper dans l’underground. On a décidé de pomper Opeth.

Tant qu’on est à copier un groupe on n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère, on reprend TOUT. On a même refait le son de Damnation! Bon, en un peu moins bien, parce qu’on n’a pas Steven Wilson aux manettes, mais ça y ressemble beaucoup tout de même. Pas mal non ? Et les rythmiques un peu cassées mais hypnotiques, les arpèges de guitare, les mélodies en lead, le beau chant lancinant et mélancolique, c’est pas de la copie carbone de champion tout ça ? Oui, on est assez fier de nous, évidemment. Il faut dire que mine de rien ça fait de la soupe presque acceptable! Vu que le modèle abordé est un album de pop-rock progressive génial et qu’on y a rajouté des arrangements et des parties un peu plus musclées pour faire méchant…

Non, on n’allait pas faire tout un album en électro-acoustique comme Akerfeldt, on est des malins chez Wolverine! Les gens s’attendent à ce qu’on mette des plans death comme Opeth entre les parties calmes mais on a mis des plans de métal prog à la place! Le surprise totale, le Dream Theater spirit est toujours là en fait! On copie aussi Queensrÿche au passage au fait, mais comme c’est un truc de vieux les kids ne le sauront jamais donc pas grave. Donc pour résumer on alterne du Dream Theater avec du Opeth mélodique sur tout un album, et on espère vendre des CDs à plein de gens qui nous donneraient les moyens de vivre de notre mus… euh… tu… quoi? Wow, ça crachote… Tu passes sous un tunnel? Mais… tu n’étais pas chez toi? Allô? Et pour la chroniqu… ALLO?

Zao The Fear Is What Keeps Us Here

ZAO
The Fear Is What Keeps Us Here (2006)
)

LINE UP :
Daniel Weyandt (chant)
Scott Mellinger (guitare)
Martin Lunn (basse)
Jeff Gretz (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Everything You Love Will…
It’s Hard Not To Shake…
A Last Time For Everything

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Août 2006)

NOTE :
15 / 20

Le postcore est un genre déstructuré et ambitieux qui vit en ce moment une nouvelle jeunesse, car aux fondateurs que sont Neurosis, Isis et Cult Of Luna viennent s’ajouter une floppée de nouveaux groupes bien décidés à exprimer leur folie à leur manière. Eden Maine, Burst et Johnny Truant incarnaient déjà chacun une face de ce postcore nouveau, et Zao vient ajouter sa touche personnelle avec The Fear Is What Keeps Us Here torturé, virtuose et contrasté comme il se doit. Si vous n’avez jamais entendu parler de ce genre, vous avez une raison de plus de lire cette chronique…

Difficile à décrire, le postcore est pourtant immédiatement reconnaissable. La dissonance, la rythmique systématique brisée des riffs et un chant "vomi" aux frontières du hardcore et du true black en sont les principales caractéristiques, auxquelles vient s’ajouter un sens aigu de la mélodie incarné par ces breaks calmes imprévisibles qui cassent encore plus la dynamique d’une musique déjà basée sur la rupture. Zao possède tout cela, et commence son album par de très jolis arpèges mélancoliques avant d’infliger à l’auditeur une déferlante subite de violence renforcée par une production traditionnelle du genre, à savoir très sale et bruitiste tout en étant incroyablement précise. Paradoxe ? Non, car si ce CD semble inaudible sur un poste cheap ou une chaîne mal réglée il suffit de l’écouter au casque pour se rendre compte de la richesse et de la complexité du son.

Si vous accrochez directement sur cet album c’est que vous êtes doté d’un sens musical particulièrement ouvert, car la musique de Zao possède une tendance certaine à dérouter voire agresser sans ménagement l’auditeur. Les riffs anti-harmoniques semblent ne jamais retomber sur leurs pattes, de la batterie en break quasi-permanent, de la basse métallique et grasse, des chansons qui ne présentent rien qui ressemble à un couplet ou un refrain digne de ce nom… Vous l’aurez compris, c’est de prime abord assez indigeste. Mais une ou deux écoutes attentives permettent de percer le secret : Zao est un groupe vraiment talentueux et sa mixture corrosive finit par forcer le respect.

Il évite le risque principal lié au postcore (la dispersion) en variant énormément son propos à l’échelle de l’album mais en préservant à la plupart des titres une identité propre sans tomber dans la surenchère. Le feeling à la fois death technique, black ‘n roll et nu-metal d’It’s Hard Not To Shake With A Gun In Your Mouth est exemplaire
Cet album est donc une très bonne surprise, mais une surprise planquée sous une bonne épaisseur d’emballage repoussant de prime abord. Il faut le laisser vous imprégner en plusieurs fois, et passer par-dessus le rejet initial pour percevoir une richesse insoupçonnée. Les influences de Zao transparaissent encore un peu trop mais la proportion de déchets est finalement assez faible, car le groupe a eu l’intelligence de se cantonner à des titres courts pour éviter la lassitude… Ceci n’empêchant pas l’album de tourner parfois un peu en rond car il privilégie très nettement la puissance aux incursions de la mélodie. Zao mérite en tout cas parfaitement sa place dans la poule des groupes de postcore modernes les plus prometteurs, et The Fear Is What Keeps Us Here promet des lendemains qui chantent. Gardons-les à l’œil…

Winter’s Bane Redivivus

WINTER’S BANE
Redivivus (2006)

LINE UP :
Alexander Koch (chant)
Lou St. Paul (guitare)
Jeff Welch (basse)
Mark Cross (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
The World

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Septembre 2006)

NOTE :
11 / 20

Avant que Tim « Ripper » Owens n’aille exercer ses talents vocaux chez Judas Priest puis Iced Earth il chantait dans un combo obscur appelé Winter’s Bane. Une fois leur chanteur prodige parti profiter des feux de la rampe, le reste du groupe avait décidé de conserver leur nom et de continuer avec un remplaçant… avant de sombrer dans l’oubli. Et alors que Ripper a lancé son projet Beyond Fear il y a quelques mois, Winter’s Bane réapparaît aujourd’hui comme une fleur, axant une bonne partie de sa promo sur le fait qu’ils sont « l’ancien groupe de Tim Owens ». Opportunisme, quand tu nous tiens…

A défaut de retrouver un chanteur de la trempe d’Owens, Lou St. Paul a mis la main sur deux membres d’un niveau honorable : Alexander Koch et Mark Cross. Le dernier cité est surtout connu pour avoir manqué de peu le poste de batteur d’Helloween pour cause de maladie, ce qui est tout de même un gage de qualité. Quand à Koch c’est un bon chanteur, plus lisse et bien plus typé « gay-metal » qu’Owens mais tout à fait capable d’assurer dans le registre pratiqué aujourd’hui par le groupe, à savoir un power-metal mélodique rarement inspiré. Ni le niveau de jeu ni la production ne sont en cause, ce sont les compositions qui posent problème.

En effet, dès le début de l’album on sait instantanément qu’on aura droit à de la musique catchy, bien faite, mais totalement dépourvue de relief. Les rythmiques et la batterie envoient le bois, les soli sont bons, mais… la mixture des éléments épiques et mélodiques d’Helloween avec le feeling power/thrash d’Iced Earth, on commence à connaître un peu! Le groupe tente parfois l’aproche heavy-metal avec le mid-tempo de Spark To Flame, le heavy-rock sur remember To Forget, ou va chasser sur les terres de Nevermore avec Catching The Sun, mais quel que soit le registre abordé le résultat sonne déjà entendu, bien que pas désagréable du tout.

On sent parfois poindre chez Winter’s Bane un semblant d’originalité comme lors des couplets de The World ou de Waves Of Fury mais ça ne dure jamais longtemps, et les clichés reviennent très vite s’imposer comme la tendance dominante de Redivivus. C’est presque triste car les variations d’approche et de tempo sont réelles, mais les riffs et la voix de Koch ancrent le tout dans un genre « true metal » surchargé de groupes bien meilleurs auxquels on ne peut que penser. Quel intérêt d’écouter Winter’s Bane alors que Blind Guardian vient de sortir un bon album et que Dragonforce est en train de réellement faire avancer le genre? Ce n’est pas cet album correct sans plus qui apportera la réponse…

Wolf The Black Flame

WOLF
The Black Flame (2006)

LINE UP :
Niklas Stalvind (chant+guitare)
Mikael Goding (basse)
Johannes Losbäck (guitare)
Tobias Kellgren (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Black Magic

CHRONIQUEUR :
David
(Octobre 2006)

NOTE :
10 / 20

On va finir par croire que les groupes scandinaves de heavy metal classique sonnent tous comme Hammerfall ou Dream Evil. Ce serait s’avancer un peu vite que de penser une chose pareille mais il ne faudra pas compter sur les suédois de Wolf pour apporter un nouveau souffle à cette scène. Wolf a sorti son premier album éponyme en 2000, en plein « revival » true-metal, une époque à bannir dans l’histoire du heavy metal. Disons que si on en est fan, ce n’est pas dans les années 2000 que l’on trouvera son bonheur, ce n’est un secret pour personne !

The Black Flame ici présent est le quatrième album de Wolf. Le groupe a essayé de créer « the ultimate horror movie metal soundtrack », pour reprendre leurs propres termes. Et c’est là où le bas blesse : si les musiciens maîtrisent parfaitement leur sujet, le chanteur en fait trop, à force de monter dans les aiguës ou d’essayer de jouer les méchants, sur le refrain de The Bite par exemple. D’autant plus que les morceaux se ressemblent tous plus ou moins, et parfois certains refrains paraissent semblables (At The Graveyard et The Dead). Sans aller aussi loin qu’Hammerfall, on n’est vraiment pas loin de la caricature. Wolf restera un groupe de seconde zone, cantonné à assurer les premières parties de gros calibres comme Saxon. Les amateurs du genre apprécieront s’ils arrivent à faire abstraction du chanteur.

Wicked Wisdom Wicked Wisdom

WICKED WISDOM
Wicked Wisdom (2006)

LINE UP :
Jada Pinkett Smith (chant)
Pocket Honore (guitare)
Cameron Graves (guitare+claviers)
Rio (basse)
Philip « Fish » Fisher (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Bleed All Over Me
Cruel Intention
Reckoning

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Octobre 2006)

NOTE :
14.5 / 20

Tiens donc, Jada Pinkett Smith fait du métal! Connue du grand public depuis son rôle de Niobe dans Matrix -et son mariage avec Will « prince de Bel-Air » Smith-, la jeune femme se lance sans crier gare dans un domaine où on ne l’attendait sûrement pas. Et elle ne s’est pas entourée de manchots : la présence du monstre Fish à la batterie (Fishbone tout de même) suffit à faire lever le sourcil. Le groupe ayant fait ses preuves en live dans les clubs de Los Angeles et à la Ozzfest, il ne lui reste qu’à prouver son talent sur disque. Y parviendra-t-il?

Avant de parler du chant de Jada, il faut s’intéresser au cas Fish à la batterie. Dès le titre d’ouverture Yersterday Don’t Mean il lâche la double-pédale avec une vélocité et un aplomb peu communs. On est dans la ligue des grands batteurs de speed ou de death, et rien que ses parties rassurent quant à l’orientation commerciale que le côté people de la frontwoman de Wicked Wisdom aurait pu faire craindre. C’est du métal et du vrai, et le même constat vaut pour les riffs de guitare gras au possible de la paire Honore/Graves qui font le grand écart entre rythmiques métal ou hardcore de marteau-piqueur et funk-métal groovy, parfois sur le même titre (One). Et Jada me demanderez-vous? Et bien elle a la rage et ça s’entend. La donzelle renforce le côté hardcore du tout en rappant énormément dans un flow revendicatif pas mal du tout, mais on peut l’entendre (bien) chanter sur certains titres comme Bleed All Over Me ou Forgiven et elle se permet même de lâcher quelques hurlements growl çà et là! Qui l’eût cru?

Autre très bonne surprise : le son de cet album est massif et guitares comme basse remplissent très bien l’espace. La musique de Wicked Wisdom étant pensée avant tout pour être efficace c’est une très bonne chose, et le potentiel live de cet album s’impose immédiatement à l’écoute. L’aspect rapcore de certains passages comme l’opener Yesterday Don’t Mean… (qui est un rouleau compresseur) est contrebalancé par l’énergie positive et groovy du reste, à l’image de Something Inside dont les riffs en salves doublés à la grosse caisse pourraient sortir d’un album de Fear Factory avant que le refrain presque pop ne nous prenne par surprise. Et force est de constater qu’une telle mixture de gros riffs et de feeling soul/funk n’avait pas caressé nos oreilles depuis les splits respectifs de Skunk Anansie et Faith No More. Le créneau dans lequel s’inscrit le groupe est donc loin d’être saturé, et l’énergie comme la sincérité évidente dont la formation fait preuve leur donnent un avantage certain.

La démarche de Wicked Wisdom a malheureusement tendance à s’essoufler un petit peu sur la longueur, et le milieu de l’album renferme des titres plus anecdotiques qu’on passera sans remords. En effet le groupe est moins percutant quand il laisse l’énergie métal de côté pour se concentrer sur la recherche d’émotions (la ballade convenue Forgiven, l’expérimentation rock ratée Set Me Free), mais sur les dix chansons de l’album on compte tout de même une proportion de bombes assez impressionnante : le très néo One donne irrésisitiblement envie de sauter partout et la pêche punk-rock de You Can’t Handle couplée à des couplets ambiancés et groovy rappelle presque les heures joyeuses et regrettées de Snot. C’est donc un premier album inattendu et très prometteur qui débarque en cette fin d’année 2006 pour raviver une scène fusion devenue quasi-inexistante ces derniers temps, et au-delà de la curiosité légitime provoquée par l’identité de la frontwoman on vous enjoint à jeter une oreille sur ce CD dense, efficace et très bien fait. Du bon!

Watcha Watcha

WATCHA
Watcha (1998)

LINE UP :
Bob « El Butcho » (chant)
Manu (guitare)
Fred (guitare)
Pendule (basse)
Keuj (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Sam
Concrete Lie
Masadaboom

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Mai 2006)

NOTE :
15 / 20

Alors que le clip d’Un Jour passe sur M6 et que Watcha remplit aujourd’hui les salles un peu partout en France, il est bon de revenir sur ce premier album qui a tout lancé. Bien que ce soit Veliki Circus qui ait définitivement assis le groupe parmi les leaders du néo français, c’est en effet ce premier effort qui a commencé à alimenter le buzz. On se rappelle de cette pochette rigolote squattait les pages pub de nos magazines préférés à l’époque de la création du label Wet, créé pour soutenir Watcha et Artsonic. Alors, qu’en était-il, de ce « phénomène » Watcha?

En tout cas, le jeune groupe de l’époque avait réussi à se dégoter un son assez impressionnant pour un premier album. Guitares puissantes, basse qui ronfle déjà pas mal, prise de chant nickel, batterie sans souci… Ca aide toujours pour commencer. Le néo tel que Watcha le pratique sur cet opus est assez complexe et alambiqué, et au final pas si facile d’accès que ça… Prenons X-Mass : le flow rappé mélodique d’El Butcho et les premiers riffs groovy sont assez directs, mais au bout d’une minute vingt ça commence déjà à partir en break! Et un break qui met en avant ce qui restera une des caractéristiques fondatrices de Watcha : ce côté rythmiquement cinglé que pas mal de groupes français dans leur ensemble semblent tellement affectionner (pensons Eths). Keuj et Pendule mettent ainsi un point d’honneur à brouiller les pistes, décaler le temps, casser le rythme sans cesse, à l’image de la fin du titre cité qui tourne presque à la démonstration… Et les exemples de ce type pullulent sur l’album.

Quant au chant d’El Butcho, les gens qui ont découvert Watcha avec Phénix ou Mutant auront une grosse surprise : même si l’homme balance déjà du chant clair maîtrisé, notamment dans Méchant Flou, ce style reste assez exceptionnel. Bob rappe, hurle pas mal (et fort bien), mais chante peu. Il n’a pas encore développé cette folie vocale, ce constant enchaînement de techniques de chant qui deviendra sa marque de fabrique ensuite… Mais il peut déjà se prévaloir d’un flow ravageur, en français comme en anglais vu que Watcha fait encore du 50/50 à cette époque. Les riffs sur lesquels il évolue rappellent parfois Pantera (A Qui La Faute) ou Lofofora (Méchant Flou), mais ces passages bourrins savent être enchaînés à plein de choses différentes : les soudaines ambiances Korniennes de Sam sont saisissantes, et A Qui La Faute dans des accélérations disco-thrash totalement jouissives.

Premier album de Watcha égale premier épisode de l’aventure Sam. Cette saga est un label de qualité en soi, et il faut dire que cette compo impressionne tant elle concentre tout ce que Watcha sait faire de mieux. Section rythmique en délire (cette basse!), riffs constamment réinventés, chant furieux, passages calmes pétris de groove… Miam! Kayanamasha fait aussi bien mal, entre une partie hip-hop ambiancée très réussie et une fin tribale qui arrache. Dommage que ce ne soit qu’un intertitre… On retiendra aussi Indigestion et ses brutales cassures entre power-thrash, néo et hip-hop, avec un El Butcho qu’on a rarement entendu aussi violent. La maîtrise affichée par le groupe est presque insolente, et se confirmera dans l’album suivant.

Ce premier album est donc une bonne réussite, révélant un niveau conséquent et un sens du groove et de la syncope qu’on ne retrouve pas si souvent que ça. Le seul reproche qu’on pourra faire à cet opus (à part quelques influences pas assez digérées) est que la recherche rythmique permanente a tendance à parfois casser la dynamique des chansons, voire de l’album. Machine A Sang enchaîne des couplets hallucinants de groove et des parties mosh vraiment balèzes mais ne cesse de s’arrêter, puis reprendre, puis changer, puis repartir… On s’y perd un peu et c’est dommage, même si c’est impressionnant. Ce côté décousu nuit parfois au plaisir d’écoute car l’album est moins fluide qu’il pourrait l’être… Pour un premier album tout ça reste particulièrement réussi et envoie le bois une fois l’album apprivoisé (comptez plusieurs écoutes). Chaudement recommandé!

Walls Of Jericho With Devils Amongst Us All

WALLS OF JERICHO
With Devils Amongst Us All (2006)

LINE UP :
Candace Kucsulain (chant)
Chris Rawson (guitare)
Mike Hasty (guitare)
Dustin Schoenhofer (batterie)
Aaron Ruby (basse)

CHANSONS QUI TUENT :
The Haunted

CHRONIQUEUR :
-the lord
(Septembre 2006)

NOTE :
08 / 20

Alors que beaucoup de groupes de metalcore s’assagissent avec les albums, Wall Of Jericho sonne plus brutal que jamais. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la voix de Candace Kucsulain, la chanteuse casse-cou du combo américain, qui, selon son propre aveu, a cherché à capter sur disque l’énergie à l’état pur qu’elle convoie sur scène. Résultat : un disque porté sur les harangues explicites de sa frontwoman et contrebalancé par une musique plus heavy que le passé. En effet, même si les influences hardcore sont toujours extrêmement ancrés dans le style de Walls Of Jericho (Try Fail Repeat, I Know Hollywood And You Ain’t It), le groupe profite de ce troisième album pour inclure pas mal de sonorités thrash et/ou de chant clair (The Haunted, Plastic) et même une ballade (No Saving Me).

Malheureusement, ce n’est pas suffisant pour sortir With Devils Amongst Us All de sa complète monotonie. Seul le chant unique de Candace distingue le groupe de ses semblables, les rythmiques, les riffs et la construction des morceaux étant d’une décevante banalité. On ne pourra pas leur reprocher une certaine efficacité ni même leur interêt scénique mais en l’état With Devils Amongst Us All ne pourra plaire qu’à ceux d’entre vous qui recherchent une musique calculée davantage préoccupée par le respect des codes du genre que l’expérimentation ou l’originalité.