Madder Mortem Deadlands

MADDER MORTEMDEADLANDS (2003)LINE UP :

Agnete M. Kirkevaag (chant)
BP M. Kirkevaag (guitare+chœurs)
Eirik Ulvo Langnes (guitare)
Pål Mozart Bjørke (basse+claviers)
Mads Solås (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
Faceless
Rust Cleansing
Distance Will Save Us

(Avril 2007)

All Flesh Is Grass avait posé une identité unique tout en partant dans tous les sens : rarement un album de metal prog avait à ce point malmené son auditeur en lui présentant sans cesse une illusion de stabilité avant de le renvoyer à l’ouest sans ménagement. Puis Deadlands est arrivé, se payant le luxe d’effectuer un quasi-virage à 180 degrés tout en affirmant encore plus cette identité si forte qui ne connaît que très peu d’équivalents aujourd’hui. Classe, puissance, variété, vivacité artistique, volonté d’évoluer sans cesse, interprétation supérieure… Madder Mortem avait encore frappé. Deadlands marque une progression très nette par rapport à son prédécesseur : au revoir les compos aux structures totalement imprévisibles et aux changements permanents, bonjour les chansons construites et aux passages récurrents. On pourrait presque dire que cet album introduit les notions de refrain et de couplet dans la musique de Madder : autant All Flesh Is Grass était alambiqué et torturé à l’extrême, autant Deadlands est direct et sans fioritures en comparaison… mais en comparaison seulement. Car ne nous y trompons pas : Madder fera toujours du Madder et ce n’est pas demain la veille que le groupe proposera un album de chansons simplistes… mais le groupe a su substituer avec brio à une approche totalement hystérique un sens aigu du développement et de la dynamique, mettant son côté catchy en avant sans sacrifier son aspect profondément progressif. Deadlands marque en effet l’arrivée d’un type de chanson qu’on retrouvera ensuite dans l’énorme Desiderata : le tube prog et intelligent.
L’opener bizarre -comme d’habitude- « Necropol Lit » base ses couplets sur un riff aussi simple que « sale » avant de développer une puissance épique qui fait d’autant plus mal que cette fois-ci les plans ne sont plus joués une seule fois avant de déboucher sur autre chose. Madder a appris a poser ses ambiances et les différents breaks en sont la preuve : il s’agit de développer l’atmosphère, plus de la briser systématiquement… tout en surprenant l’auditeur. Les Norvégiens ont gardé leurs atouts : lignes de chant possédées et hypnotiques, sens de la dissonance comme de la mélodie selon les moments (« Omnivore », « Silverspine », etc), art de la surprise pertinente (« Distance Will Save Us » et son mariage entre pop-rock emo et prog-metal tordu, la touche de néoclassique en plus). Quand le doom revient le temps d’un « Faceless » on confine au sublime tant le titre lie la mélancolie d’une rythmique de fin du monde à la contemplation mélodique la plus pure… le groupe manie tension et relâchement comme personne, et le thème principal du chant restera gravé en vous à jamais.Prenons « Rust Cleansing » : marquant l’arrivée du néo dans la musique du groupe, ce titre a tout des grands. L’intro/outro dégage un groove insensé qui vous fera sauter partout, les couplets calmes sont d’une douceur angélique, et le refrain sorti de nulle part (l’harmonie vocale est particulièrement alien) est tout aussi mémorable que les différents ponts qui viennent choper l’auditeur sans prévenir et l’emmènent au loin… une fois que vous aurez entendu le travail sur les harmonies de guitare avant le retour du refrain vous m’aurez compris. Si le néo et le groove sont désormais présents (mais bien moins que sur Desiderata qui suivra) on peut remarquer que la part du doom a pas mal reculé : les ambiances lourdes et lentes sont devenues une simple couleur de la palette du groupe et non plus une orientation dominante, car Madder Mortem a déjà bien entamé le chemin qui les mènera à leur statut de groupe de synthèse capable de lier tous les styles de métal sans problème.

Madder Mortem a donc délivré avec Deadlands une leçon de progression et de composition de premier ordre, confirmant au passage sa capacité à sortir un album blindé de chansons ayant toutes une identité propre et sans aucun titre raté, ce qui est très fort en soi. Plus linéaire qu’All Flesh Is Grass dans le bon sens du terme, cet album est un enfilade de perles liant le doom au néo, le prog au heavy, la pop au thrash… ça donne du bonheur, ça met en joie, et en plus ça rassure sur la capacité du métal à rester une musique innovante et fascinante. En attendant (fébrilement) leur prochain opus, faites-vous plaisir avec ce chef-d’œuvre…

Saxon The Inner Sanctum

SAXONTHE INNER SANCTUM (2007)LINE UP :

Biff Byford (chant)
Paul Quinn (guitare)
Doug Scarret (guitare)
Nibbs Carter (basse)
Nigel Glockler (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
I’ve Got To Rock
If I Was You
Attila The Hun

(Mars 2007)

Depuis le retour de Nigel Glockler, accompagné par la sortie de l’excellent live The Eagle Has Landed Pt 3, l’attente d’un nouvel album de Saxon était plus excitante que d’habitude. Doit-on rappeler que Unleash The Beast (1997) est le dernier Saxon sur lequel Nigel a joué ? Autrement dit, le dernier Saxon qui ait fait l’unanimité. Ont suivi des albums plus modernes, très heavy, tantôt lourdingues (Metalhead) ou banals (Lionheart), avec un mieux sur Killing Ground, plus mélodique, quoiqu’un peu mou du genou. Il manquait quelque chose !Et bien souvent, l’importance des batteurs a tendance à être minimisée. Il faudra bien un jour reconnaître qu’un batteur joue une part importante dans l’identité d’un groupe de hard rock. La preuve, quand un batteur s’en va, ce n’est plus jamais pareil ! S’ils sont rarement les principaux compositeurs, force est de constater que suite aux départs de batteurs prestigieux comme Albert Bouchard (Blue Oyster Cult), Herman Rarebell (Scorpions), John Coghlan (Status Quo) et j’en passe, la qualité des albums a sensiblement baissé, ce n’est pas un hasard !The Inner Sanctum ratisse large, en parvenant à concilier les bons côtés des trois derniers albums, avec en plus quelque chose de plus rock en milieu d’album, chose qu’on avait perdue de vue chez Saxon après Dogs Of War. Retour aux sources donc, avec plus de mélodies, plus de rock, sans pour autant renier l’aspect moderne des derniers albums. La diversité d’Inner Sanctum est plus qu’appréciable : on passe de titres bien speeds, parfois mélodiques (« State Of Grace ») ou pas éloignés des derniers albums (« Need For Speed », « Let Me Feel Your Power… » ces deux là ne font pas partie des meilleurs !) à une « ballade » dont la construction, le tempo et les arpèges ne sont pas sans rappeler la reprise de King Crimson qui avait été faite sur Killing Ground (« In The Court Of The Crimson King »).Mais c’est surtout à partir du milieu de l’album que Inner Sanctum devient vraiment intéressant, avec un riff, un peu dans le style de « I Just Can’t Get Enough » sur Solid Ball Of Rock… LE riff : « I’ve Got To Rock (To Stay Alive) »… avouez que ça faisait longtemps que Saxon nous avait pas pondu un riff pareil ! On avait beau chercher sur les derniers albums, on n’en trouvait pas ! S’en suit l’excellent single « If I Was You », avec sa pochette si spéciale (très orientée hard FM/AOR) et le changement de logo qui a fait parler de lui : « If I Was You » n’a pourtant rien de FM, le refrain est juste travaillé et entêtant mais pas de quoi s’affoler, ça reste du costaud, avec encore une fois des guitares incisives. Saxon n’est pas prêt de se ramollir, increvables qu’ils sont ! »Going Nowhere Fast » clôt de belle manière cette trilogie heavy-rock (avec « I’ve Got To Rock (To Stay Alive) » et « If I Was You »), avant de détourner l’album sur du heavy épique : « Empire Rising/Attila The Hun » est même le morceau le plus long de toute la carrière de Saxon (8 minutes 50 au compteur). Déroutant au premier abord, « Attila The Hu »n s’avère être un des titres les plus intéressants et heavy, contenant différentes ambiances, même si on regrettera que la partie plus speed à la double pédale soit trop proche de celle de « Witchfinder General ».Un petit bémol concernant les prestations vocales de Biff : sa voix vieillit très bien mais il hurle assez souvent sur cet album et semble aller au-delà de ce que ses capacités actuelles lui permettent… ça va être difficile à reproduire en live tout ça ! The Inner Sanctum ne contient peut être pas de véritables classiques à la hauteur de leur passé, il n’égalera pas non plus les Dogs Of War, Solid Ball Of Rock, Unleash the Beast mais il surpasse sans problème Metalhead, Killing Ground et Lionheart !

Kotipelto Serenity

KOTIPELTOSERENITY (2007)LINE UP :

Timo Kotipelto (chant)
Tuomas Wäinölä (guitare)
Lauri Porra (basse)
Janne Wirman (claviers)
Mirka Rantanen (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
Serenity
King Anti-Midas

(Juin 2007)

Pendant que Timo “Laurel” Tolkki picole, va en cure, se fait pisser dessus, déprime, puis repicole, compose un peu et fait des disques pourris et donc picole, Timo “Hardy” Kotipelto continue de faire vivre son projet solo, parce que faut bien vivre ma bonne dame. Prise de risque minimum pour le chanteur finlandais, à l’inverse de son homonyme gratteux parti en solo hors des sentiers battus par Stratovarius : le style de musique reste grosso modo le même, à savoir du heavy speed à voix haut perchée.

Timo Kotipelto est meilleur interprète que compositeur, cela paraît évident. Il n’assure sur Serenity que le minimum syndical d’enchaînements d’accords pour poser ses lignes de chant. Certes, il chante très bien, peut-être mieux que jamais… Cela justifie t’il une créativité au niveau zéro ? Un jeune combo débarquant sur le marché avec un album de la trempe de Serenity profiterait-il de la bienveillance des critiques ? Sans doute pas. Essayons donc d’être un minimum objectifs avec la « star » Kotipelto. Cet album n’est pas un grand album. Les morceaux speed sont somme toute rares : « Once Upon A Time », « Angels Will Cry », et « Mr Know-It-All » dans une moindre mesure, font péter la double pédale, et c’est dans ces cas-là que la ressemblance avec Stratovarius est troublante. Heureusement, le guitariste Tuomas Wäinölä, virtuose lui aussi, balance de bons soli pour rattraper le coup ; mais tout cela sent le réchauffé. La plupart des morceaux mid-tempo est banale elle aussi, comme si Koti avait essayé d’intégrer à ses chansons des influences 1970s sans guère parvenir à amener quelque nouveauté (« Mr Know-It-All », « Dreams And Reality »). La chanson-titre redresse un peu la barre, même si les hymnes de Visions sont bien loin. « King Anti-Midas », lui, profite d’une atmosphère sympathique créée par les effets claviers / voix sur le refrain. Les écueils propres au style sont tous là : platitude des mélodies, soli de claviers archaïques, chœurs « Eurovision »… La ballade « After The Rain », où Timo se fait plus lyrique, est littéralement bâclée. Les seuls bons moments récurrents sont les envolées guitaristiques de Wäinölä, bien que très classiques eux aussi. Lauri Porra, crème de bassiste, n’est guère mis à contribution que sur un solo pendant « Once Upon A Time », et c’est assez dommage. Serenity est un album qui va connaître un grand succès dans son pays, mais dont la qualité est éclipsée par la renommée de son instigateur. C’est très moyen tout ça.

Da Vinci Back In Business

DA VINCI
BACK IN BUSINESS (2006)

LINE UP :
Robert Aass (chant)
Gunnar Westlie (guitare)
Dag Selboskar (claviers)
Bjorn Boge (basse)
Jasle Maløy (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
Aucune.

(Février 2007) Dans les épisodes précédents : «Bien entendu, cet album n’est pas la réussite de Da Vinci (Back In Business est de ce côté bien plus plébiscité) […] les gens qui voudraient se pencher sur le groupe feraient bien de s’intéresser à leur second album, Back In Business, qui a remporté plus d’éloges que cet essai un peu raté.» Et moi de vous dire immédiatement que la fin des années ’80 nous aura au moins apporté ça : la capacité de plébisciter un second album encore plus mauvais que le précédent (un essai raté, pour ceux qui suivent).

Il suffit en fait d’écouter la première chanson, l’ignoble “Touchdown” et son refrain atroce de patho-dégoulinance pour savoir dès le départ que ce disque est mauvais. Et pas mauvais dans le sens «pourrait tout de même plaire aux amateurs» non, non. Juste mauvais. Et même pas drôle, avec ça. Durant 45 minutes ça gémit, ça gonfle le torse, ça se frise les cheveux et ça se donne des airs d’amoureux transis et de faux rebelles. Vous savez, comme Survivor ou Treat aux alentours de la même époque. C’est curieux comme ça a vieilli… C’est curieux que quelqu’un nous ressorte ça, d’ailleurs. Soyons sincère : ces faux chœurs, ces rythmes pompeux, ces synthé’ extra-terrestre… C’est une autre époque. Tout le monde ne s’appelle pas Thin Lizzy et ne peut pas rester écoutable avec une musique si lourde et imprégnée de son temps. Même les pires morceaux de Queen peuvent largement se vanter à côté d’un skeud tel. Les ignobles pistes inspirées du Hard-FM (“9 and 10” et son horrible refrain où le chanteur prouve qu’on peut chanter des horreurs MAIS savoir compter, “Pink Champagne” et son groove totalement raté) n’arrivent même pas à donner envie de se trémousser tant les rythmes gras pataugent dans la contemplation.

Ah mais ce n’est pas fini, attendez la seconde chanson, une ballade ignoble nommée “Call Me a Liar” dont les paroles, en substances, sont tout de même : «Appelle-moi menteur, mais je te dis que je t’aime.» Ouf, ce que c’est beau. Et des comme ça, vous allez en avoir plein les oreilles pendant trois quarts d’heure (avec un affreux “Turn Down the Lights” et ses relents d’Elton Johrge Michael hétéro’ ou un “Circus Maximum” qui aurait du être le titre de l’album de ces clowns). Une épreuve quasi-flagellatrice qui prouve qu’on peut recevoir des honneurs en faisant pire que tout. Même leur précédent album (éponyme, cliquez ici pour lire la chronique ) peut ressembler à un petit chef d’œuvre à côté. Ou tout du moins, le côté garage et insouciant – tout en étant déjà très pompeux – lui donnait une crédibilité de gamin écervelé légèrement touchante. Mais ici, tout est pire. Les sons sont pires, les mélodies sont pires, la prétention est pire. Et ce n’est pas faute de chercher un intérêt à ces mollusques frisés, malheureusement ni les compositions, ni les interprétations, ni l’émotion ne sont au rendez-vous. C’est tellement plein en surface qu’ils ont finis par vider le fond – et la seule réaction possible face à cela, c’est de tirer la chasse d’eau.

Mais le pire est quand même cette pelletée de morceaux d’arena-rock (“Young Hearts”, “Blame It On the Radio”) qu’on sent déjà prévue pour être chanté par 5.000 personnes… Rien que l’idée de fabriquer un morceau pour un stade est d’une telle prétention que le fait d’écouter le chanteur quadrupler sa voix histoire de faire comprendre à son public que «oui, ce sera là qu’il faudra hurler» est devenu repoussant pour l’auditeur que je suis. Au final il ne reste que le témoignage d’un des nombreux groupes qui a voulu remplir d’immenses salles de concerts découvertes avec une musique si codifiée qu’elle n’avait plus les moyens de plaire. A chaque seconde on a l’impression «d’entendre tel groupe» et jamais il ne nous vient l’impression d’écouter Da Vinci. Même les titres des morceaux semblent avoir été pêchés chez d’autres en y changeant un ou deux mots pour faire croire au public pas trop regardant que «si, ce morceau mythique était d’eux». Si vous cherchez un disque totalement désuet pour expliquer pourquoi la musique s’est emballée et a pu tomber dans de telles tentatives de sur-consumérisme, ce disque est pour vous ! Si vous cherchez de la musique… passez votre chemin.

Megadeth United Abominations

MEGADETHUNITED ABOMINATIONS (2007)LINE UP :

Dave Mustaine (chant+guitare)
Glen Drover (guitare)
James Lomenzo (basse)
Shawn Drover (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
Washington Is Next
Blessed Are The Dead
Sleepwalker

(Juin 2007)

Il y a trois ans, Megadeth ressuscitait et faisait renaître avec lui des fans désorientés aux regards vides, comme des créatures trop longtemps privées de lumière. L’album The System Has Failed, conséquence logique et attendue de cette résurrection, ne nous avait pas éclaboussés de sa perfection. Mais il avait su, avec le temps, nous montrer assez de qualités pour être qualifié de bon album, ce qui pour des milliers de groupes insignifiants équivaut à la consécration suprême. Les métalleux étant des gens ingrats et par essence insatisfaits (vous imaginez les gothiques … et les progueux …), ils n’ont pu s’empêcher de jeter la première pierre – et tout un tas d’autres d’ailleurs – à United Abominations avant même de l’avoir écouté, et encore plus après l’avoir écouté quoi … une ou deux fois ? Décidemment, l’expérience The System Has Failed n’aura servi d’exemple à personne.Tout avait pourtant bien commencé. J’avais acheté l’album le jour J de sa sortie, j’étais rentré de la Fnac plutôt rapidement en braquant Reign in Blood sur un chauffeur de bus horrifié, et j’avais même trouvé dans mon congélo assez de glace chocolat-citron pour entamer la première écoute de United Abominations dans les meilleurs conditions possibles. Tout roulait, jusqu’à ce que j’appuie sur « play ». Vous avez déjà été plongé dans une abîme de douleur et d’incompréhension ? Non ? Même en regardant le jeu des boîtes d’Arthur ? C’est ce que j’ai ressenti, et comme bien d’autres j’ai vomi ma haine de l’univers sur les forums de France et de Navarre, pas forcément sur les plus appropriés d’ailleurs (le site « catholicisme et point de croix » m’a banni en m’excommuniant dans la foulée, pour faire bonne mesure). Mais j’avais tort.
L’empressement à descendre des albums tout juste sortis est un phénomène qui frappe presque exclusivement les groupes majeurs ayant plus de vingt ans de carrière. Il a cela de terrible qu’il fait souvent appel à de sacrées doses d’hypocrisie et de mauvaise foi. Vous y avez tous été confrontés un jour, je ne vous ferai donc pas un dessin mais si ce n’est pas le cas, attendez que Metallica ou AC/DC ressortent un album et vous verrez ce que ça donne. United Abominations n’avait aucune chance dès le départ. Tout le monde savait qu’il n’y aurait pas de Rust in Peace ou de Countdown to Extinction part II, parce qu’on n’est plus au début des années 90, parce que les failles temporelles ça n’existe pas, parce que Mustaine ne se drogue plus et compose tout seul dans son coin depuis des lustres et qu’aucune bonne idée ne pourrait émerger de son énième nouveau line-up, composé certes de très bons techniciens mais qui ont tous le charisme et la créativité d’une planche à découper (je pense aux frères Drover, qui représentent quand même la moitié du groupe). Tout ce qu’on pouvait avoir – sauf miracle et ça arrive dans le métal, ne soyons pas fatalistes non plus – c’est un bon album. Et c’est si terrible que ça, de sortir juste un bon album ?

Parce que United Abominations est un bon album. Il ne transpire pas le génie flamboyant de ses illustres aînés, c’est clair et c’était prévisible, mais il n’est pas la daube infâme que certains cherchent à abandonner à la vindicte populaire. Quand on commence par « Sleepwalker » et plus encore par « Washington is Next », on ne peut pas être foncièrement mauvais. Je dirais même que s’il y en avait eu dix comme ce dernier sur l’album, on aurait pu d’office ériger des statues sur toutes les places du pays ou bien – hypothèse plus réaliste – faire péter les charts métal pour 10 ans. Cette incroyable intro à la Maiden (pour la ligne de basse et les harmonies principalement, mais sans la poussière et le déjà-vu qui va avec) et le morceau – remarquablement construit et diablement entraînant – qui lui succède, c’est clairement la bonne surprise de l’album comme l’avaient été « The Scorpion » et « Die Dead Enough » pour The System has Failed il y a quelques années. Pour le reste, c’est peut être un ton en-dessous mais ça n’est jamais désagréable. Mustaine nous avait habitués depuis toujours à faire cohabiter sur ses albums – même les plus légendaires – des morceaux de la mort qui tue et de sombres étrons. Ici, ce n’est pas le cas (je veux dire : y’a pas de sombres étrons quoi), et c’est vraiment surprenant. Il y a bien sûr une exception, une seule mais elle crève un peu l’écran, c’est cette $%§@ de version 2007 d’ »A tout le Monde ». Vous l’avez matée sur le site officiel, et en personnes sensées que vous êtes, vous l’avez immédiatement détestée. C’est bien normal : elle n’apporte rien, mais alors rien du tout à l’ancienne, l’intervention de la mère Scabbia est aussi inappropriée qu’irritante – le thrash étant une affaire d’hommes – et sa finalité est pour le moins douteuse. MTV voulait son clip, il l’a eu, les ados ricains s’en réjouiront. Ceux qui ont acheté l’album, eux, maudiront le Grand Capital en silence. Je finirai le tour du propriétaire en évoquant « Gears of War », assez quelconque sur album mais très efficace en live (l’expérience est récente), « Blessed Are The Dead », mélodique, faussement dark, remarquablement servi par ses lyrics et son break génial, « Play For Blood », qui peine à se lancer pour groover ensuite furieusement et, allez, « Never Walk Alone … A Call To Arms », qui n’est pas sans rappeler la période Cryptic Writings et le titre « Vortex » en particulier. Tout cela est bien bon, et s’apprécie tranquillement en terrasse un cocktail à la main. Ou pas, c’est vous qui voyez, mais quoiqu’il en soit, il n’y a vraiment pas de quoi allumer un feu, bien au contraire.
United Abominations est un album qui ne vous mettra pas à genoux dès la première écoute, ni même dès la deuxième, mais qui progressivement saura vous dévoiler ses qualités, à condition toutefois que vous lui en laissiez le temps, et que vous ne le surestimiez pas. Plus homogène que The System has Failed, d’où le demi point en plus, il ne boxe pas et ne boxera jamais dans la catégorie de ceux qui ont fait la légende de Megadeth mais il est tout à fait sympathique et je trouve qu’en 2007, après 22 ans de carrière, c’est déjà pas si mal.

Dødheimsgard 666 International

DØDHEIMSGARD666 INTERNATIONAL (1999)LINE UP :

Aldrahn (chant+guitare)
Vicotnik (guitare)
Apollyon (basse)
Czral (batterie+guitare)
Mr. Magic Logic (claviers)

CHANSONS
QUI TUENT :
Shiva Interfere
Ion Storm
Regno Potiri

(Mars 2007)

Le black metal est, avec le death, le genre musical traditionaliste par excellence. Les groupes majeurs ont tour à tour posé des règles auxquelles tous les autres se plient avec respect tant bien que mal. Cependant, ces même groupes majeurs ont pour la plupart, à un moment ou à un autre de leur carrière, fait exploser en mille morceaux ces règles. On peut citer pour exemple MayheM avec son Grand Declaration Of War ou Satyricon avec son Rebel Extravaganza et… Dødheimsgard avec son 666 International. Intéressons-nous tout d’abord au titre. Autant le fameux 666 est tout ce qu’il y a de plus classique chez un groupe de black metal, autant International est « déplacé » quand on officie dans un style qui prône la solitude et la misanthropie. Trêve de bavardages, passons sur la pochette futuriste, sur les corpse paints multicolores du groupe, sur la durée occulte de l’album (66 minutes et 6 secondes), sur ses 66 pistes dont une ballade au piano cachée et une dernière piste de 11:06, soit 666 secondes. Trêve de chiffres et d’anecdotes à la con et parlons plutôt de musique, voulez-vous ?

Dødheimsgard se rebelle contre les règles si strictes du black metal et propose un black metal sans concessions fortement teinté… non… maculé d’indus. L’indus n’est pas là pour faire joli ou original, mais fait partie intégrante de la musique. D’ailleurs les premières secondes de l’album sont très parlantes à ce sujet. On a droit à une introduction au piano qui se fait subitement écraser par un torrent de riffs acérés et de blasts infernaux qui cèdent la place illico à des samples indsutriels, une rythmique tantôt des plus groovées, tantôt martiale, et un chant décadent, tantôt clair, tantôt black, tantôt entre les deux. Puis tous ces éléments se chevauchent, cohabitant en un fragile équilibre qui risque de se rompre à tout moment.

Dødheimsgard est constamment sur le fil du rasoir en voulant offrir une musique frisant l’insupportable qui éreintera à coup sur l’auditeur (la diabolique « Ion Storm »). Et réussit formidablement dans le sens où il ne causera jamais sa mort. On remerciera les plages de repos au piano aérien qui viennent toujours à point nommé pour le sauver d’une tragique fatalité. Signalons pour conclure que 666 International dégage une aura assez particulière : on se croirait réellement quelque part dans le futur, dans un bordel orgiaque ou une crack-house où plane l’odeur de l’opium et autres sympathiques substances.

Alors comment ne pas s’incliner de fascination devant ce monument de haine, de décrépitude, de décadence, de chaos musical diablement maîtrisé qui révèle toutes nos tendances masochistes? Comment ne pas s’incliner devant ce groupe qui cristallise en un album ces valeurs qui nous sont si chères ? Impossible n’est-ce pas ? Cet album tue tout simplement, et faute de lui accorder 666 comme note, ça sera un gros 16 amplement mérité. Amen.

Änglagård Hybris

ÄNGLAGÅRDHYBRIS (1992)LINE UP :

Jonas Engdegård (guitare)
Tord Lindman (guitare+chant)
Mattias Olsson (batterie)
Johan Högberg (basse)
Thomas Johnson (claviers)
Anna Holmgren (flûte)

CHANSONS
QUI TUENT :
Jordrök
Kung Bore

(Janvier 2007)

Croyez-le ou non, le prog, c’est un peu comme Elvis. Comme le King, le prog est officiellement mort il y a 30 ans. Comme le King, le prog a fini boursouflé et ridicule. Mais surtout, comme le King, le prog est encore vivant pour bien des gens. Il y a ceux qui y croient dur comme fer, au point de voir du prog partout (même là où il n’y en a pas). Et il y a ceux qui, pour faire perdurer le mythe, jouent les mystificateurs et prennent plaisir à le faire revivre. Ça ressemble à du prog, ça sonne comme du prog, mais ce n’est pas du prog. Pourtant, il arrive que l’esprit progressif soit encore au rendez-vous. Ce fut le cas avec Änglagård, véritable étoile filante qui a illuminé le monde du rock progressif au début des années 1990.En effet, malgré sa mort, le prog bougeait encore. Les années 1980 semblaient avoir fini de l’achever et, à l’orée de la décennie suivante, on ne donnait plus cher de sa peau tant la scène progressive n’était que désolation. C’est au milieu de ce désert que le prog a refait surface, à un endroit où on ne l’attendait pas : en Suède. Plusieurs groupes y ont repris le flambeau en lui insufflant une nouvelle vigueur. Parmi ces groupes, Änglagård qui, le temps de deux albums essentiels, allait contribuer à redonner au mouvement ses lettres de noblesse. Son passage sera fulgurant, mais providentiel.Fulgurant, Hybris l’est plus que toute autre chose. Imaginez le choc de découvrir cet album à sa sortie! Il y a d’abord la pochette, telle la porte secrète d’un temple millénaire enfoui sous les décombres d’un monde révolu (ouais, rien que ça), qui semble renvoyer directement au Larks’ Tongues In Aspic de King Crimson (album fondateur s’il en est). Mais avant tout, il y a la musique. Si les influences d’Änglagård sont évidentes, son inspiration est unique. Le sens de la composition du groupe est tel qu’on en oublie rapidement que sa musique n’est finalement pas d’une grande originalité formelle. En fait, l’originalité d’Änglagård tient justement dans sa volonté de faire les choses à l’ancienne.Bien plus qu’une vision régressive, il s’agit au contraire d’un pari artistique assez audacieux pour l’époque, qui confère au groupe un caractère distinctif et intemporel. Änglagård ne reprend pas des recettes désuètes dans le simple but de les actualiser à la sauce moderne, il s’approprie un langage ayant fait ses preuves pour créer un monde mystérieux qui lui est propre et qu’il nous invite à visiter. Dès les premières notes de piano de « Jordrök », le ton est donné. La montée en puissance qui suit fait directement entrer le groupe dans la cour des grands, grâce à un mélange de tension et de mélancolie rappelant l’unique Trespass de Genesis. Si, le temps de quelques instants fugaces, de vagues réminiscences du passé semblent refaire surface, on ne peut s’empêcher d’être totalement emporté par la déferlante d’images que provoque en nous chaque morceau.Certes, Hybris n’a peut-être pas la fluidité de son successeur et sonne parfois un peu scolaire; il n’en demeure pas moins indispensable à toute bonne discothèque progressive, tant il contient de thèmes et de mélodies d’une richesse harmonique infinie (le morceau final, « Kung Bore », est un monument du genre). Même les passages chantés, souvent cités parmi les petits défauts de l’album à cause de leur aspect parfois hésitant, viennent en quelque sorte contrebalancer la perfection instrumentale des musiciens en donnant une touche d’humanité à l’ensemble. Le choix de chanter en suédois prouve également que le groupe ne fait aucune concession et assume pleinement son altérité.Même si l’on n’accroche pas à sa musique, on peut facilement comprendre le mythe qu’est devenu Änglagård. Lorsque l’inspiration est aussi rare et précieuse, il faut une sagesse hors du commun pour décider que l’on a dit tout ce que l’on avait à dire. Après un deuxième album logiquement intitulé Epilog, le groupe tirera sa révérence et retournera dans l’ombre aussi vite qu’il en avait jailli, donnant au passage l’impulsion nécessaire à toute une scène qui ne demandait qu’à éclore. Le fait que beaucoup des représentants de cette scène n’aient pas eu le quart du talent du groupe, et encore moins de sa retenue, ne fait que rendre son œuvre encore plus essentielle.

Forgotten Tomb Negative Megalomania

FORGOTTEN TOMBNEGATIVE MEGALOMANIA (2007)LINE UP :

Herr Morbid (guitare+chant)
Razor SK (guitare)
Algol (basse)
Henrik Nordvargr Björkk (effets)
Asher (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
The Scapegoat

(Février 2007)NOTE :

07/ 20Forgotten Tomb est mort. Herr Morbid, son géniteur, ne voit plus rien comme avant. Il a abandonné les armes, s’est détourné du suicide, et même de la dépression qui faisaient tout le charme de ses précédentes productions. C’est un peu cru comme introduction, n’est-ce pas ? Absolument, mais disons qu’elle est à l’ampleur de la déception…
Forgotten Tomb est mort. La flamme qui embrasait la détresse de Herr Morbid s’est éteinte. Ça se ressentait déjà dans ses dernières déclarations : on ne peut pas dire qu’il ne nous a pas préparés mais l’écoute de l’album bat tous les records. Tout d’abord, la noirceur des précédents albums a disparu sauf pendant de très courts moments tels le début et la fin de « No Rehab (Final Exit) », mais pourquoi seulement le début et la fin ? Parce que le reste du morceau est pourri : entre un riff des plus entraînants qui n’a strictement rien à foutre ici et une longueur soporifique, il y a de quoi faire. Tant qu’on parle de longueur soporifique, ça semble être le cas de tous les titres de l’album dont la durée s’entête à ne pas descendre sous la barre des onze minutes, sauf le premier morceau qui n’en fait que huit. Mais la longueur fait partie du doom me direz-vous, d’autant plus que ce n’est pas particulièrement choquant sur cet album. Oui, mais quand elle ne sert pas à instaurer d’ambiance, je n’y vois pas l’intérêt. Idem pour ce qui est des riffs entraînants, bien qu’ils le soient heureusement moins sur le reste de l’album que sur No Rehab. Reste que c’est extrêmement déplaisant de se surprendre à headbanguer quand on veut déprimer en musique…Ensuite il y a le chant qui se fait moins saturé quand il est black… Car oui, Herr Morbid a décidé de s’essayer au chant clair – mais quelle idée de vouloir fourrer du chant clair dans une telle musique ! -, sauf que son chant clair est raté : pas mal de lignes de chant font penser à celles d’Ihsahn sur les derniers Emperor ou sur son album solo, mais en beaucoup moins bien, forcément, la voix de Herr Morbid oscillant entre le rauque et le nasillard et n’ayant donc pas la même sublime majesté que celle d’Ihsahn… Sauf – et c’est là que le bât blesse – qu’il se trouve que ces passages en chant clair sont les plus marquants de l’album… Le groupe semble également manquer d’inspiration comme sur « The Scapegoat » qui est un peu trop pompé sur « Day » de Katatonia (le morceau en chant clair sur Brave Murder Day) mais pour pas faire trop pompé, Forgotten Tomb effectue une jolie transition entre acoustique/chant clair et saturé/chant black. C’est toujours ça de gagné. Et mine de rien, ça en fait le morceau le plus intéressant de l’album, d’autant plus que le refrain fait mouche.Bref, le temps du tellement prometteur Songs To Leave est révolu. Negative Megalomania ne peut que décevoir les amateurs de ce dernier ou ces successeurs plus accessibles. Reste qu’il est le seul qui, paradoxalement, donne autant que Songs To Leave l’envie à l’auditeur de mettre fin à ses jours, mais cette fois-ci, c’est plus par dépit qu’autre chose…

Destruction Eternal Devastation Mad Butcher

DESTRUCTIONETERNAL DEVASTATION / MAD BUTCHER (1986/1987)LINE UP :

Schmier (chant+basse)
Mike Sifringer (guitare)
Tommy Sandmann (batterie)
puis
Harry Wilkens (guitare)
Olly Kaiser (batterie)

CHANSONS
QUI TUENT :
Curse the Gods
Life Without Sense
Reject Emotions

(Mai 2007)

Un an à peine après son excellent premier album, Destruction tente de battre le fer pendant qu’il est encore chaud en sortant déjà son second méfait. Le trio allemand cherche ainsi à asseoir son fragile statut de leader européen du thrash, menacé par les jeunes loups que sont Kreator et Sodom, déjà prêts à lui piquer son trône.Avant tout, un petit mot sur l’édition CD lamentable de cet album. Passe encore pour le livret famélique, 4 pages, pas de paroles, une simple photo du groupe et de la pub pour les autres albums de Destruction. C’est déjà plus limite pour le coup des titres qui ne figurent pas au dos du boîtier, mais seulement sur la dernière page du livret. Mais la cerise sur le gâteau reste l’ordre des chansons : le CD regroupe l’album Eternal Devastation et l’EP Mad Butcher sorti l’année suivante, mais les 4 titres de l’EP sont placés avant les 7 de l’album… On a vu des trucs incroyables au moment du passage sur CD d’albums parus originellement en vinyl, mais là on frise l’amateurisme pur et dur.

Passé ce petit coup de gueule, que vaut donc réellement Eternal Devastation ? Au départ, le premier truc qui vient à l’esprit est plutôt négatif : on pourrait presque croire que Stihl s’est lancé dans la fabrication d’instruments de musique tant la gratte de Mike sonne comme une tronçonneuse. Mais le chétif guitariste se rattrape en se taillant la part du lion sur cet album. Ses riffs sont bien sentis, et surtout il se révèle comme un des solistes les plus inspirés du genre, grâce à des interventions ciselées et très variées. Son compère Schmier n’est pas en reste, avec son chant glauque parfaitement adapté, même s’il se laisse aller parfois à cette curieuse mode popularisée par Tom Araya de Slayer, heureusement repartie aussi vite qu’elle est venue : balancer d’insupportables cris suraigus dignes d’une pucelle dans un film d’horreur. Brrr…

On constate surtout rapidement que le groupe a pris de la bouteille et a compris qu’il pouvait faire autre chose que de balancer la sauce. C’est le cas notamment sur « Life Without Sense », un excellent mid tempo de plus de 6 minutes, avec une progression parfaitement maîtrisée, ou encore sur « United by Hatred » qui se termine par habilement par une reprise de son thème d’intro. Et du coup, quant le trio revient à ses fondamentaux thrash comme sur le furieux « Curse The Gods » qui ouvre le bal, la déflagration n’en est que plus importante. Malheureusement, Destruction fonce tête baissée dans le piège béant qui lui tendait les bras : l’excès de précipitation. Sans être mauvais, des titres comme « Eternal Ban » ou « Confused Mind » sentent la compo torchée en 5 minutes. Et forcément, sur un album de 7 titres seulement, ça se remarque. Avec Eternal Devastation, Destruction nous livre donc un album sympathique, mais qui ne fait pas le poids contre les Master of Puppets, Peace Sells et autres Reign in Blood sortis la même année. Et oui, la compétition était rude à cette époque…

L’année suivante, Destruction refait déjà parler de lui à l’occasion de la sortie d’un EP de 4 titres officialisant la nouvelle direction prise par le groupe. Outre le changement de batteur, le groupe s’adjoint les services d’un second guitariste sous l’impulsion de Mike. Cette décision fera longtemps débat chez les aficionados et aura de lourdes répercussions sur la carrière du groupe. Le morceau phare est appétissant, puisqu’il s’agit de la reprise du mythique « Mad Butcher », présent sur le premier EP du groupe datant de 1984. Et là, c’est le drame : toute l’agressivité bestiale de l’original a disparu, on a droit à la place à un riff rapide joué de façon groovy, des pistes lead à gogo pas toujours bien senties et une quasi totale absence de basse, à se demander si Schmier ne se contente plus que de chanter. La prod’, œuvre d’un certain Manfred Neuner, est quant à elle hyper faiblarde : dans le genre emploi fictif, il a fallu attendre Xavière Tibéri pour faire mieux. On imagine la réaction du fan à l’époque : son regard s’embue, et au-delà de la colère, il ressent un mélange de stupeur et d’incrédulité, un peu comme le fan du heavy qui vient d’apprendre à peu près à la même époque que son idole Rob Halford, le parangon de la virilité, est gay. Dur à avaler, et c’est pas l’anecdotique instrumental qui clôt cet EP qui va le consoler .Alors okay, le reste est plutôt pas mal. Une sympathique reprise de The Damned du combo punk metal Plasmatics, et surtout « Reject Emotions », une petite merveille qui montre la face la plus technique du groupe. Ce morceau constitue en fait la véritable attraction de cet EP, dont l’achat ne se justifiait sans doute pas. Comme quoi cette édition CD honteusement bâclée a finalement trouvé sa raison d’être !