Trivium The Crusade

TRIVIUM
The Crusade (2006)

LINE UP :
Matthew Heafy (chant+guitare)
Corey Beaulieu (guitare)
Travis Smith (batterie)
Paolo Gregoletto (basse)

CHANSONS QUI TUENT :
The CrusadeEntrance Of The…Unrepentant

CHRONIQUEUR :
-the lord
(Septembre 2006)

NOTE :
18.5 / 20

Alors qu’Avenged Sevenfold et Bullet For My Valetine cartonnent de plus en plus, Trivium se rappelle à notre bon souvenir avec un disque qui renverra toutes les stars montantes à des activités de coloriage. The Crusade illustre à la perfection le concept d’album de la maturité. Finis les enfantillages metalcore (pourtant déjà incroyablement prometteurs) d’Ember To Inferno et d’Ascendancy, Trivium met le pied au plancher et concrétise TOUS les espoirs placés en lui et Dieu sait qu’ils étaient nombreux. Conscient qu’il leur était impossible de grandir en pratiquant la même musique que sur les opus précédents, Matt Heafy et ses trois camarades ravivent la flame du thrash metal à l’ancienne comme aucun des groupes américains reformés dans les années 2000 n’a su le faire.

Il faut dire que techniquement, et surtout grâce à ses six-cordistes, Trivium est mieux armé que toute la vague thrash eighties à lui tout seul. Il ne faut néanmoins pas s’attendre à de la démonstration technique vide de sens : les compositions sont pensées pour être avant tout de bonnes chansons, même lorsqu’elles adoptent le format instrumentalo-épique (The Crusade). Avec un changement vocal qui semble le lié filialement à James Hetfield (à tel point que ça en devient parfois embêtant), Heafy a métamorphosé son groupe tout en créant un monstre surpuissant capables d’enchaîner les lignes vocales écrasantes à vitesse surréaliste (To The Rats, Unrepentant, Anthem (We Are The Fire), Becoming The Dragon, etc).

La technicité omniprésente confirme tous les dons musicaux du groupe : des soli de guitares entre modernisme et tradition absolument parfaits, un morceau-instrumental appelé à faire date, des couplets agressifs comme seul le vrai thrash peut en offrir, des refrains aux mélodies aussi fantômatiques que viriles et un taux de testostérone à faire pâlir Floyd Landis… Voilà ce que The Crusade a vous offrir. Même si le groupe verse épisodiquement -et l’on espère inconsciemment- dans les clichés du metalcore (le pont de Becoming The Dragon, le refain d’Ignition et l’utilisation un peu basique d’harmonies vocales), ce disque possède une telle intelligence d’écriture et une force de frappe comparable à une arme de destruction massive qu’il faudrait être président du fan-club de Christina Aguilera pour ne pas tomber sous son charme. Le meilleur album de l’année, tout simplement.

To/Die/For Wounds Wide Open

TO/DIE/FOR
Wounds Wide Open (2006)

LINE UP :
Jarno Perätalo (chant)
Antza Talala (guitare)
Joonas Koto (guitare)
Jarkko Sakari Strandman (basse)
Santtu Lonka (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Under A Velvet Sky

CHRONIQUEUR :
Flower King
(Septembre 2006)

NOTE :
08 / 20

Les quarante-cinq petites minutes de ce Wounds Wide Open sont, comment dire… assez pénibles. Difficile, à l’écoute de cet
album de metal gothique, de ne pas voir en To/Die/For juste une bande de recycleurs finalement pas très habiles. Avoir de fortes influences ou vouloir appartenir à une mouvance est une chose, sauf qu’il est alors très difficile de ne pas tomber dans les plans prédigérés, les structures sans aucune surprise. Et le groupe n’échappe pas à cet écueil. Le résultat est sans appel : à jouer la sécurité en proposant systématiquement des morceaux calibrés de quatre minutes au tempo soutenu, la lassitude s’installe très vite, et on ne donne pas cher de la durée de vie du disque sur votre chaîne…

Alors bien sûr, aux premières écoutes, on pourra trouver ça diablement efficace. Et certaines compositions font plus que se défendre : Under A Velvet Sky et sa mélodie bien ficelée, assurément la meilleure pièce du disque (et aussi la plus courte), Like Never Before, malgré son clavier ridicule qui achève de rendre le refrain bien pompier, et à la rigueur, la reprise – ou plutôt le calque – du I Just Want You d’Ozzy Osbourne. Chacun de ses titres pourrait connaître un succès d’estime, si ce n’était le deuxième gros point noir de ce Wounds Wide Open : la voix. Terriblement maniérée, mais sans magie ni personnalité, et à l’expressivité terriblement limitée, elle est le boulet qui fait que le groupe ne pourra jamais prétendre à mieux qu’un statut de groupe de seconde zone en sa présence.

To-Mera Transcendental

TO-MERA
Transcendental (2006)

LINE UP :
Julie Kiss (chant)
Lee Narett (basse)
Hugo Sheppard (claviers)
Akos Pirisi (batterie)
Tom McLean (guitare)

CHANSONS QUI TUENT :
Blood
Phantoms
Realm Of Dreams

CHRONIQUEUR :
Wineyard
(Septembre 2006)

NOTE :
15 / 20

Formé en 2005 par Julie Kiss (venue du groupe métal gothique Hongrois Without Face) et Lee Barett (ex-Extreme Noise Terror), To-Mera sort la même année une démo prometteuse, saluée sur certains forums musicaux, contenant deux titres par ailleurs repris dans Transcendental (Dreadfull Angel et Born Of Ashes). Akos Pirisi a quitté le groupe après l’album pour des raisons « géographiques », remplacé par Paul Westwood pour les prochaines scènes.

Il faut se méfier des apparences. Un album à la pochette soignée, une fleur, une partie de nuit, une chanteuse à la voix chaude et pure…Une resucée des Nightwish, The Gathering et consorts ? Non. Dix fois non. Et c’est là la (bonne) surprise. Transcendental est un grand melting pot de genres musicaux allant des guitares lourdes (type Entombed première époque parfois), de passages jazzy, de claviers gothico-symphoniques, parfois électro/techno, le tout entremêlé de breaks planants voire contemplatifs, de passages progressifs, de passages dark, mais le résultat est étonnamment homogène. Ce mélange des genres est probablement dû aux backgrounds musicaux des membres du groupe (Dimmu Borgir, Emperor, Opeth, Messhuggah, Pain Of Salvation…). Sans analyser l’album chanson par chanson, chacune semble se référer à un univers différent. Traces (intro de l’album) fait penser en premier à Dead Can Dance avec ses vocalises orientales et son ambiance, Phantoms rappellera le son des guitares d’Edge Of Sanity sur The Spectral Sorrows, Blood voire Dreadfull Angel feront penser à Madder Mortem, non dans l’agressivité qui n’est pas de mise ici, ni dans le timbre vocal, mais dans la relative dissonance du couple chant/musique qui sonne juste (!). Nul besoin d’aller plus avant, car l’on pourrait aisément le faire pour chacun des titres.

Et pourtant, cela ne ressemble au final à rien d’autre, ce qui atteste d’une sorte de maturité musicale rare pour un groupe si jeune. On pourra écouter le CD d’une traite, on aura parfois l’impression qu’il s’agit d’un seul et même gigantesque morceau, à la manière d’un Crimson. Ce qui ne signifie pas qu’il soit difficile de distinguer les titres, loin s’en faut ; cela démontre simplement l’homogénéité de l’ensemble, tant dans la construction des compositions, dans leurs places respectives, que dans la qualité de la production. Cette dernière est efficace, et arrive la plupart du temps à trouver un équilibre entre la guitare, la batterie et le chant, tout en y ajoutant une certaine puissance et surtout en réussissant à intégrer parfaitement les breaks et les passages jazzy à un tout résolument métal. Le seul bémol que l’on peut émettre sur le son est que, parfois, le chant devrait ressortir un peu plus, mais cela reste sporadique.

Le chant est peut-être un point faible au regard de la qualité des compositions. Attention, Julie possède une voix très agréable et chante juste. On pourra seulement regretter, mais c’est certainement dû à la production, un manque de puissance vocale et surtout de la variation sur certaines parties. To-Mera, s’avère être un groupe en devenir, ainsi le démontre cet opus. Transcendental, bien que premier album, est un concentré éclectique des univers musicaux de ses membres, un mix d’influences d’obédiences multiples, générant au final une vraie création. Il réalise la prouesse de rester très ancré dans le métal, malgré les apports extérieurs. Gageons que les (très) petites imperfections du rendu vocal seront gommées pour l’avenir.

Tierra Santa Mejor Morir En Pie

TIERRA SANTA
Mejor Morir En Pie (2006)

LINE UP :
Ángel (chant+guitare)
Arturo (guitare)
Iñaki (batterie)
Roberto (basse)
Mikel (claviers)

CHANSONS QUI TUENT :
Mejor Morir En Pie

CHRONIQUEUR :
-the lord
(Août 2006)

NOTE :
07 / 20

Même si Indomable était d’un niveau correct, on ne peut s’empêcher de ranger Tierra Santa dans la case des groupes dont on n’attend pas grand chose d’autre que des albums médiocres. La faute à une répétitivité abusive et une complaisance trop forte dans un heavy metal tel qu’on ne le pratique plus depuis la seconde partie des années 80… Ici, les guitares jumelles, les refrains facilement mémorisables et les paroles guerrières sont de sortie, la subtilité et le peu d’inspiration dont a pu faire preuve le quintette rangés au placard. Contrairement à leurs recommandables camarades de label Mägo De Oz, Tierra Santa n’apporte absolument rien de neuf au genre et ne déstabiliserait pas dans ses références heavy metalliques quelqu’un qui n’aurait rien écouté depuis Somewhere In Time d’Iron Maiden.

Comme toute la variété française qui adaptait, il y a quarante ou cinquante ans, des standards musicaux anglo-saxons, Tierra Santa donne l’impression de se réapproprier les codes de la New Wave Of British Heavy Metal et de ne se contenter que de rajouter des paroles en espagnol pour séduire le public local. Problème : en étant français, nous n’avons pas plus de raisons de nous tourner vers Tierra Santa que vers des pointures telles que Saxon ou Iron Maiden qui furent si originales en leur temps. De plus, les cinq Espagnols sont assez irréguliers dans leurs compositions, capables de pondre un hymne tel que Mejor Morir En Pie mais aussi un morceau aussi rétrograde qu’Otelo.

Sur ce disque, les mauvaises surprises surpassent quantitativement les bonnes et donnent à l’album des airs de perpétuel remplissage. Pour pouvoir apprécier un minimum Mejor Morir En Pie, mieux vaut ne pas connaître les précédentes rondelles du groupe qui présentaient toutes des titres plus ou moins aboutis mais certainement moins redondants. La déception n’en que plus grande lorsqu’on s’attendait, après avoir vu la référence de la pochette, à entendre de la musique aussi inspirée que celle du Savatage période Criss Oliva…

Thursday A City By The Light Divided

THURSDAY
A City By The Light Divided (2006)

LINE UP :
Geoff Rickly (chant)
Tom Keeley (guitare)
Steve Pedulla (guitare)
Tim Payne (basse)
Tucker Rule (batterie)
Andrew Everding (claviers)

CHANSONS QUI TUENT :
Sugar In The SacramentWe Will OvercomeAutumn Leaves Revisited

CHRONIQUEUR :
-the lord
(Août 2006)

NOTE :
14.5 / 20

Pour son quatrième album (son second sur une major), Thursday brouille toujours autant les cartes et n’est pas prêt d’estomper l’intérêt qu’ont pu lui porter des milliers de fans. Plus difficile d’accès, les couches musicales ayant été multiplées, A City By The Light Divided va puiser sa substance dans de nombreux sous-genres musicaux et surprend par sa capacité à rendre des plans typiquement postcore ou emocore incroyablement adultes et loin des clichés qui leur sont associés. Pour un peu, on croirait avoir à faire à Tool, la faculté du groupe à mélanger rock, metal, punk, hardcore et influences goth tout en faisant sonner cela unique étant remarquable…

Les couplets de Sugar In The Sacrament sont assez caractéristiques de cette tendance. Avec des vocaux détachés et tristes, Geoff Rickly n’est pas loin d’un chanteur lamba d’emo. Néanmoins, avec une construction postrock et des arpèges auto-destructeurs, ce titre parvient à résonner au-dela de la simplicité dans laquelle il s’engouffrait initialement. De même, At This Velocity, en usant de screams hardcore aussi judicieusement placés que dosés, ne ressemble pas à un titre bourrin sans cervelle comme on en trouve tant chez certains groupes.

Il est certain que A City By The Light Divided pioche ses flèches dans tellement de carcans qu’il ne sera pas aisé d’accrocher aux onze pistes de la même manière. Selon sa sensibilité proche, qu’il s’agisse du dissonnant Telegraph Avenue Kiss ou des très emo friendly We Will Overcome et Running From The Rain, on trouvera que tel ou tel morceau n’a pas sa place sur le disque. Néanmoins, tout le monde devrait pouvoir mettre ses préjugés au placard tant chaque chanson contribue à un sentiment d’ensemble qui dépasse la somme des onze individualités de l’album. Seul l’ultime morceau, Autumn Leaves Revisited, fonctionne à merveille seul et devrait mettre tout le monde d’accord quant à l’ingéniosité dont faite montre Thursday. Son intelligence pour créer des chansons se faisant davantage remarquer par leur verticalité que par des démonstrations techniques vaines et sans fin permettent à A City By The Light Divided de briller au-dela de ce que Thursday nous a proposé jusque-là.

Thom Yorke The Eraser

THOM YORKE
The Eraser (2006)

LINE UP :
Thom Yorke (tout)

CHANSONS QUI TUENT :
Analyse
The Eraser
Harrowdown Hill

CHRONIQUEUR :
-the lord
(Juillet 2006)

NOTE :
11.5 / 20

The Eraser doit-il être considéré comme un album solo ? Si l’on s’en fie au principal intéressé, Thom Yorke, on serait bien avisé de ne pas employer ce mot puisque le chanteur n’a pour le moment aucune envie de partir de Radiohead. Pourtant, au risque de le froisser, ce terme est pour une fois on ne peut plus approprié, Yorke ayant réalisé ce disque entièrement par lui-même. Seul le producteur Nigel Godrich aurait eu un impact artistique (ainsi qu’instrumental, apparemment, mais cela demeure assez flou) sur The Eraser, opus de neuf titres qui pourrait tenir sur un vinyl.

En revanche, il n’aurait pas pu voir le jour à l’époque des vinyles tant il se repose preque entièrement sur les sonorités électroniques et les samples. Plus encore que Kid A, The Eraser est synthétique et ne donne aucun signe des influences indie rock du leader de Radiohead. Mais malgré cette relative différence The Eraser n’est pas plus expérimental que ce que l’on est en droit d’attendre de chaque nouvelle rondelle du gagn d’Oxford. Thom Yorke ouvre de nouvelles portes (Analyse, Skip Divided), il élabore autour de ses thèmes privilégiés autant thématiquement (Harrowdown Hill, Cymbal Rush) que musicalement (Black Swan, Atoms For Peace) mais il ne crée rien d’aussi grandiose que lorsqu’il joue avec les frères Greenwood. Pire, au détour de certaines expérimentations, The Eraser provoque le rejet (Skip Divided et son « chant » fait figure de mauvaise blague, Atoms For Peace et son manque de relief inquiétant, Cymbal Rush et son overdose expérimentale).

Thom Yorke est surtout en forme en ce qui concerne l’écriture des paroles. Dans un style imagé et assez réfléchi, il propose des réflexions essentielles à défaut d’avoir des points de vue très originaux. En dépit de quelques titres excellents (Harrowdown Hill et son côté catchy et mélancolique à la fois, le morceau-titre et Analyse qu’on aurait aimé retrouver sur un disque de Radiohead), The Eraser n’a pas les arguments suffisants pour s’imposer en dehors de la sphère des amateurs des auteurs de Creep. Ce n’est déjà pas si mal mais également extrêmement frustrant de voir en Thom Yorke un artiste comme les autres, capable d’être mauvais ponctuellement. Et si c’était pour mieux repartir avec le prochain Radiohead qui se fait terriblement attendre ?

The Sword Age Of Winters

THE SWORD
Age Of Winters (2006)

LINE UP :
JD Cronise (guitare+chant)
Kyle Shutt (guitare)
Bryan Richie (basse)
Trivett Wingo (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
Freya
Lament For The Aurochs

CHRONIQUEUR :
Aliocha Klodovitch
(Mai 2006)

NOTE :
12.5 / 20

Le phénomène The Sword est un peu un mystère. Comment est-ce
que ce jeune groupe – trois années d’existence et deux petites démos
au compteur – a su attirer l’attention des zines ne s’intéressant pas particulièrement
au metal et provoquer un petit buzz, du moins outre-atlantique ? C’est d’autant
plus mystérieux sachant que les riffs que nous propose Age Of Winters ne
sont pas vraiment de première fraîcheur, s’appuyant sur une base
stoner/doom dont on semble avoir depuis longtemps fait le tour… À priori,
la réponse la plus convaincante que peut vous fournir votre fidèle
serviteur est : « j’en sais rien ». Mais une analyse
un peu plus poussée permet quand même de déceler quelques
débuts de réponses…

Tout d’abord, le groupe arrive à brouiller assez efficacement les pistes,
ne serait-ce que d’un point de vue visuel, ne laissant pas transparaître
grand-chose de son obédience, du moins au premier abord. S’ils avaient
choisi un nom comme « Space Skunk Smokers » et opté pour une
pochette rappelant une image de kaléidoscope vue sous acide, n’importe quel
quidam aurait pu dire : « tiens, un groupe de stoner ».
De même, s’ils avaient intitulé leur opus « Mournful Sorrow Of
Despair » et passé en revue tous les clichés du genre avec des
titres du genre « Solitude Of Funeral Crying », personne
n’aurait été dupe. Au lieu de cela, The Sword opte pour une imagerie et
des thèmes inspirés par la mythologie, avec une pochette représentant une
guerrière sur fond de miniatures moyenâgeuses. Il n’y a guère que le logo
avec sa couleur et sa typographie caractéristique pour nous mettre sur la
bonne piste.

Côté musique, on est un peu dans le même schéma :
imaginez-vous un Orange Goblin ayant troqué son calumet de la paix contre
une hache de guerre. Des riffs de guitare à la production bien grasse
très axés sur l’aspect groovy, mais souvent doté d’un soupçon
d’agressivité, voire carrément thrash dans l’esprit (Iron Swan),
ou abrasifs, lorgnant vers le sludge (Celestial Crown/Barael’s Blade). Mais
abstraction faite de ces petites touches personnelles, on se retrouve en terrain
bien connu : des compositions par moments très proches de l’esprit
Black Sabbath (particulièrement Winter Wolves), un chant nasillard recouvert
de moult couches d’effets, des solo bluesy, quelques interludes acoustiques
planants, et les passages plombés de rigueur.

Mais à défaut d’être extrêmement original, le groupe
sait se faire efficace. Pas tout le temps, mais sur les compositions les plus
réussies, tout amateur du genre devrait se prêter au jeu du hochement
de tête en rythme, malgré l’impression de déjà-entendu.
Si quelques titres plutôt quelconques comme The Horned Goddess ou Ebethron
n’arrivent pas à susciter de très vives émotions, Lament
For The Aurochs vaut presque l’investissement à lui tout seul. Changements
d’atmosphère, riffs gargantuesques, une composition recherchée,
un solo à la Iommi et un déluge de cymbales, tout ce qu’il faut
pour faire le bonheur du fan de stoner/doom. Le reste, sans être foncièrement
mauvais, pâlit en comparaison de cette pièce maîtresse. On
attend donc avec curiosité le prochain album, en espérant qu’il
sera plus homogène, et que le groupe se débarrassera un peu plus
des clichés non seulement sur la forme, mais aussi sur le fond.

The Seventh Cross Scorched By The Flames Of Vengeance

THE SEVENTH CROSS
Scorched By The Flames Of Vengeance (2006)

LINE UP :
XSheepX (chant)
Jim (guitare)
JJ (guitare)
Jon (basse)
Reynolds (batterie)

CHANSONS QUI TUENT :
A Demon’s March
Through This Cleansing
Into the Blazen Waters

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Septembre 2006)

NOTE :
14 / 20

Ca commence comme du pur gothique : l’intro de piano et de cordes est mélancolique au possible et très bien orchestrée. Puis le riff arrive et on se dit qu’on est face à un groupe de black à tendance goth, surtout à l’écoute du chant de XSheepX qui a une voix à égorger des poulets sous la pleine lune. Et alors qu’on pensait l’affaire pliée voilà qu’un riff clairement death mélodique débarque, avant qu’un plan de heavy/core écrasant ne vienne nous embrouiller encore plus! Pour unifier tout ça : ce chant black d’outre-tombe et surtout un son très efficace qui reste pertinent dans chacun des genres pré-cités. The Seventh Cross est un groupe qui a pris au mot l’étiquette « extrême généraliste » et qui va chercher l’inspiration pour distiller sa haine un peu partout… et en plus, le jeu leur réussit plutôt.

Le mélange est de tous les instants : A Demon’s March lie blast-beats true black, plans doomcore à la Crowbar, metalcore rythmique à la Chimaira et même quelques dissonances néo. La démarche s’étend à l’échelle de l’album, et il devient clair au fil des écoutes que le but de The Seventh Cross est de lier la haine de l’extrême avec le plus de groove possible. Le résultat est pensé pour faire bouger les têtes en rythme tout en les assommant vicieusement de temps à autre avec un bon gros plan black/death violent. Techniquement irréprochable dans tous les styles, le groupe abuse par contre un peu des rythmiques très lentes -qui deviennent presque un gimmick – et il peut se montrer moins inspirés dans ses riffs à certains moments, comme dans This Cross Which I Hang . Un autre tic : les extraits de dialogues de films insérés en intro, qui surprennent la première fois mais plus après.

Scorched By The Flames Of Vengeance est donc un album varié et assez complet : le côté black peut prendre clairement le dessus comme dans Though This Cleansing où c’est le très bon break syncopé qui surprend pour une fois. Et même si le plan qui arrive un peu plus loin sonne très In Flames, on se rend compte que The Seventh Cross a réussi mine de rien à développer une identité propre, même si elle est encore timide. Surprise : la linéarité du chant de XSheepX est au final un avantage dans ce sens car il donne au tout une cohésion appréciable. On sort de l’album avec l’impression qu’une fois que le groupe se sera débarrassé de certains tics il risque de devenir vraiment balèze : malgré quelques tâtonnements il est indéniable que cet album est une mine de riffs puissants et efficaces dans presque tous les styles associés au heavy/thrash. Encore un groupe à suivre…

The Rapture Pieces Of The People We Love

THE RAPTURE
Pieces Of The People We Love (2006)

LINE UP :
Luke Jenner (chant+guitare)
Vito Roccoforte (batterie)
Matt Safer (chant+basse)
Gabriel Andruzzi (divers instruments)

CHANSONS QUI TUENT :
The SoundLive In Sunshine

CHRONIQUEUR :
-the lord
(Août 2006)

NOTE :
09 / 20

Le créneau dans lequel évolue The Rapture n’est pas le plus encombré de la scène musicale actuelle. En mixant des éléments d’acid house, de punk, d’indie et de dance, les Américains parviennent à tisser un univers relativement unique. Et, dans le genre, Echoes avait mis la barre assez haute à sa sortie en 2003. Son successeur, Pieces Of The People We Love, ne le copie pas bêtement mais il n’échappe pas à un appauvrissement inquiétant du style de ses géniteurs. Nettement plus basique et plus dansant, le disque est parsemé d’un sentiment de suffisance assez répugnant comme si ses auteurs ne s’adressaient qu’à une infime fraction du public capable de comprendre sa musique.

Il n’y a pourtant pas grand chose à y trouver, une bonne part des titres (First Gear, Done Gone Do It, Whoo! Alright-Yeah Uh Huh (W.A.Y.U.H.)) n’étant pas à proprement parler des puits de inventivité. Même sur les « bonnes » surprises de Pieces Of The People We Love (Get Myself Into It, The Devil) il faudra se contenter de titres simplistes très orientés dancefloor et misant vraiment trop sur la répétitivité pour revêtir une dimension arty. Seuls îlots de créativité : Live In Sunshine et The Sound avec leurs penchants psychédéliques exploitant à merveille un chant robotique pour le premier et des ambiances stroboscopiques pour le second. Au vu du reste, on ne peut qu’espérer qu’avec son prochain album The Rapture rectifiera le tir et fera de Pieces Of The People We Love une erreur de parcours.

The Prowlers Devil’s Bridge

THE PROWLERS
Devil’s Bridge (2006)

LINE UP :
Fabio Minchillo (chant)
Stefano D’Orazi (guitare)
Fabio Schirato (guitare)
Claudio Cappabianca (batterie)
Alessandro Vincis (basse)
Massimiliano De Stefano (claviers)

CHANSONS QUI TUENT :
Alone In The Dark
Last Gaze
Fused

CHRONIQUEUR :
Cosmic Camel Clash
(Août 2006)

NOTE :
15 / 20

La scène power/heavy/speed n’évolue plus des masses depuis que les groupes qui l’avaient rendue énorme il y a quelques années se sont rapprochés d’un style plus heavy metal (Edguy, Stratovarius) ou se sont mis à tourner en rond sérieusement (Sonata Arctica, Hammerfall). C’est donc toujours un plaisir particulier quand on reçoit un CD de « gay metal » qui tient la route et qui propose quelque chose de frais voire d’un peu nouveau. Avec Devil’s Bridge, le groupe The Prowlers nous prouve qu’on peut encore faire de la bonne came chantée dans les aigus avec de la mélodie par louches. Chronique d’une bonne surprise.

Le groupe tient un sacré atout derrière le micro : Fabio Minchillo dispose d’une voix puissante et racée, qui monte haut, et qui sait se parer de ce qu’il faut d’agressivité et de hargne quand il faut envoyer le bois. Avec ses inflexions à la Kai Hansen et Michael Kiske selon les moments il place la barre sacrément haut, sa prise de voix comme la totalité de la production se distingue par sa puissance, ce qui ne gâte rien. Devil’s Bridge étant un album assez catchy il profite d’autant plus de ce son accessible et clair qui fait aussi bien sonner les guitares rythmiques que les leads et les claviers, avec une mention spéciale au piano.

The Prowlers comporte en effet un claviériste dans ses rangs, et au vu de l’orientation clairement « true metal » de l’ensemble on aurait pu s’attendre à des arrangements symphoniques. Que nenni, ceux-ci ne sont présents que dans quelques intros. Le clavier double par contre souvent les riffs pour les renforcer ou assure parfois carrément la rythmique, et la recherche musicale est toujours préférée à la démonstration. Il sait se faire discret en simples nappes avant de partir dans des duels avec la guitare qui évoquent d’ailleurs bien plus Dream Theater que Children Of Bodom ou Stratovarius dans l’esprit et le son.

Le groupe est bien loin du niveau de Portnoy & Co. mais la part de metal progressif dans leur musique est indéniable. Les compos gagnent de ce fait en profondeur et en complexité : Last Gaze est une chanson de sept minutes particulièrement efficace et bien pensée. Le côté catchy des parties inspirées Maiden se marie très bien avec les recherches d’ambiances et de rythmes plus complexes, et la performance vocale de Fabio Minchillo confine à l’impressionnant. Fused marie avec brio les feelings de Metallica, Helloween et Dream Theater, alors que le groupe sait aussi recentrer le propos et proposer un titre direct et rentre-dedans comme Imagination Game.

Les tentatives de fusionner power/speed et prog semblent fleurir ces temps-ci : après Exawatt et son Time Frames un peu bancal arrivent donc The Prowlers, à qui l’exercice réussit bien mieux et qui signent avec Devil’s Bridge une belle carte de visite. Le groupe n’est limité que par ses influences encore un peu trop présentes, ce qui est le plus grand écueil à éviter dans ce style. Mais sa mixture est diablement accrocheuse et travaillée, et le groupe est à l’image de son chanteur dont la voix hors normes manque parfois un peu d’inspiration au détour d’une ligne de chant : potentiel plus qu’impressionnant, il ne reste qu’à affiner un peu le tir pour que le résultat soit énorme.