Abitbollus Clock Me Jesus

abitbollus clock me jesus

Après De Mysteriis Don Camillo [insert Dom Satanas where relevant], Abitbollus nous revient plus farceur que jamais avec Clock Me Jesus [insert Fuck where relevant], comme autre clin d’œil au black metal dit « sérieux ». Amis des jeux de mots satiriques soyez les bienvenus, car il faudra vous armer d’un sens de l’humour caustique et décalé, ainsi que de fortes références comiques et musicales pour apprécier ce nouvel opus d’Abitbollus et le groupe lui-même à sa juste valeur. Outre la musique en elle-même, une grande partie de l’intérêt de cet opus réside dans les paroles, truculentes à souhait, et bourrées (j’aurais pu employer le mot « emplies » mais « bourrées » c’était plus à propos) de jeux de mots, débouchant sur une atmosphère vraiment particulière, entrecoupée de parties de dialogues de film (La Classe Américaine…). Et quand musicalement ça tient aussi la route… Chronique d’une farce sérieuse ?

Petit panel des jeux de mots référentiels sur les titres des morceaux, histoire de s’imbiber de l’ambiance : « Capillo Tractum » tout droit sorti d’un sketch de Gustave Parking, « Cook Of Revelation » (remettre le « B » à sa place), « Lord Of The Strings » (je ne vous ferais pas l’affront d’expliciter), « M666 Television Bizarre », « 7th Son Of Massey Fergusson » (déviation du grand Iron, sachant que Massey Fergusson est une célèbre marque de tracteurs), « Henry Death », entre autres. Mais il faut s’attarder sur les paroles associées, parfois très osées sur le rapport au titre : « Viens, mon petit, à l’école d’Henry, Apprendre l’anatomie par le meurtre en série, Mais qu’est-ce donc, poil aux roustons, qui me sort du pantalon ? C’est le biscuit du père Henry, Goûte-moi ça mon garçon », quand on connaît le Henri original et ses finalités…

Attardons nous encore sur le contenu de « Cook Of Revelation » où est cité le grand Leguman en personne au milieu de l’histoire d’un canard antéchrist prénommé Anaron (« Plus vilain petit canard qu’on fit »), sur celui de 4PQ2WC (« Soulager mon colon est ma seule préoccupation… J’suis aux cabinets ! »), sur celui de « Lord Of The String » (« Jadis, sur la plage de Meuldor, les fées bronzaient en paix quand arriva, portant un seau rond, un play-boy mystérieux qui leur offrit chacune un string hommage à leur beauté » ou sur celui de « Melissa » (interprétation personnelle de Mercyful Fate et Julien Clerc : « Melissa Gothique d’Ibiza n’a pas de nez crochu », qui si l’on lit entre les lignes prétend dénoncer de manière décalée une certaine forme de racisme). Et que dire de « Tof » qui retrace de manière non déguisée l’histoire malheureuse de l’acteur Christophe Lambert des succès aux navets intersidéraux.

Au regard du propos textuel, largement assez développé ci-dessus même si l’on aurait pu y passer des heures, le lecteur que vous êtes doit légitimement se demander à quelle sauce musicale il va être mangé. De ce côté-là, nulle inquiétude à avoir pour les amateurs d’extrême : Abitbollus distille plusieurs genres, du grindcore (« Capillo Tractum »), en passant par du heavy Maidenien growlé black (« Seven Son Of Massey Fergusson »), du speed metal gothique (reprise jouissive du thème de la soupe aux choux), du gothique quasi-clérical à l’orgue (« Das Gross Rigolad », sonnant comme une oraison funèbre entrecoupée de cris de poules et de dialogues n’ayant rien à voir du tout), et bien entendu du black metal, qui est en définitive le genre fondateur de l’opus. Du black dépouillé et « raw » de « Black Metal Uter Strev », au black parfois symphonique de « Cook of Revelation », en faisant un détours par le black épico-folklorique avec cornemuse et chants pseudo celtes de « Lord Of the Strings », la palette est là aussi flatteuse et en faisant abstraction du texte, digne des bons groupes du genre. Et comme les voix sont capables de suivre tous ces genres différents sans le moindre problème, justement il n’y a pas de problème. Sachant de plus que la formation amiennoise est assez liée aux deux compères deCarnival In Coal…

À part de Les Nuls et de leur personnage de l’homme le plus classe du monde, savez vous l’autre signification du terme Abitbollus ? De l’aveu de SAS Guy De Michelin, chanteur de son état, cela vient du vieil argot « bite » (qui signifie « verge » comme chacun sait) et de « bollus » , « petit bol ». Le terme complet désigne donc « une verge en forme de petit bol », handicap physique fort rare avoué lors d’une interview en 2004. Trop c’est trop ? C’est finalement la question que je me pose. Passée la découverte de l’objet et des paroles pleines de finesses aux multiples sens décalés ou non, passée la découverte de la musique très bien exécutée au demeurant, que reste-t-il ? Un vraiment bon album, mais dont on ne sait jusqu’où va la parodie, laissant des questions sans réponses derrière lui.

« – T’avais raison, on aurait du prendre une ouiche lorraine.
– Moi j’suis sûr qu’on dit Quiche, ‘fin, bon hein…
– M’emmerde pas avec tes histoires j’te dis que j’ai mal au bide, j’ai la méga chiasse, putain, la méga chiasse!
– Excuse-moi.
– Ah excuse-moi, mal au bide, tu sais ce que c’est ? faut qu’j’aille chier bordel, il faut qu’j’aille chier rapidos!
»
S’ensuit une très bonne pièce de black metal. Un bon résumé, non ? Je ne saurais que trop vous conseiller de jeter une oreille sur ce CD, soit pour rigoler un coup, soit pour la musique, soit parce que c’est français, que sais-je, trouvez une bonne raison…

Aberfeldy – Young Forever

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Aberfeldy, c’est le nom d’une petite bourgade perdue sur la côte écossaise et semble donc être aussi l’inspiration de ce groupe pop-folk venu de Grande-Bretagne. Le chanteur guitariste est d’ailleurs un stéréotype absolu de l’Ecossais bourru amateur de bière et de pubs. Premier album de la formation, « Young Forever » est une balade en bord de mer, quand est venu le soleil couchant. Calme et léger sont donc les maîtres mots de ce disque, on pourrait aussi rajouter simplicité et non-prise de tête puisque ses douze titres s’étalent sur un peu plus de trente-cinq minutes seulement.

Premières paroles, « I love everyone… », on ne peut pas être plus clair, cette musique se veut résolument positive et conviviale. Tout au long des douzes titres de cet album on se laisse paisiblement bercer par des mélodies simples, guitares acoustiques à volonté, voix suave et chaleureuse tout à fait propice à l’intimité, on pourrait se croire autours un feu de camp entre amis, la nuit à chanter sur la plage comme on l’a tous fait un jour. Les chansons varient entre la balade pure et simple (« What You Do » qui est vraiment un très bon titre) avec voix féminines douces et discrètes mais qui aèrent vraiment l’ensemble du disque, et entre les titres plutôt mid-tempo avec une batterie un peu plus appuyée et une guitare acoustique qui accélère par moments. Tout ça est très frais, joyeux et écoutables absolument dans tous types d’environnements et de situations.

La durée des chansons excédant rarement les trois minutes, tout est basé sur une rythmique et un refrain facile à retenir, typiquement pop. Le coté folk est aussi très présent, dans les guitares acoustiques bien sûr mais aussi grâce à des détails non négligeables tels que l’utilisation de glockenspiels et autres cloches, claquement des mains voire imitation du saxo avec la voix, et le violon qui apparaît parfois est du meilleur effet et donne une couleur particulière à l’ensemble. A noter que l’album a été enregistré avec un seul micro autours duquel les musiciens étaient regroupés pour jouer les titres. Chose originale de nos jours, en tout cas il n’en ressort pourtant aucune impression de son lo-fi bien au contraire, il faut vraiment le savoir pour le percevoir! L’écoute de ce disque s’avère vraiment agréable de bout en bout, mais seulement au début…

En effet, ce genre de groupe n’est pas celui qu’on met en boucle dans sa platine pour la simple et bonne raison que c’est très très vite rébarbatif! En effet, une fois passé le côté « fraîcheur agréable », il y a comme qui dirait le deuxième effet kiss cool, bien moins agréable au palais. Je m’explique, à la base la musique d’Aberfeldy n’est quand même pas révolutionnaire c’est évident, ça sonne même très folk années 60 et on tous pu entendre pareille musique chez nos parents (chez les miens en tout cas!). Et au final les chansons ont un don à agacer légèrement, puis il y a les textes parfois vraiment mielleux il faut bien le dire et c’est vraiment limite: « Vegeterian Restaurant » en boucle dans le refrain c’est marrant cinq minutes mais, voila, l’intérêt d’un tel titre devient vite limité et il est de toute façon certain que le groupe lui-même n’a pas composé sa musique dans le but de définir un genre ou quoi que ce soit. Les paroles sont donc vraiment ultra simplistes et c’est dommage parce que du coup la musique perd aussi un peu de sa crédibilité.

Un disque tout à fait agréable d’écoute, donc, bien composé et reposant mais à consommer vraiment avec modération.

Abandoned Thrash You

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A peine un an après son premier album Thrash Notes, Abandoned livre déjà sa seconde offrande avec ce Thrash You. On notera au passage cet astucieux concept : balancer le type de came dans le titre de l’album. Au moins, on risque pas de les prendre pour un groupe de prog’ ! A contrario, ça donne pas vraiment confiance dans le potentiel du groupe. Et quand on lit que leur principal objectif est de faire revivre le thrash de la Bay Area avec les possibilités techniques des années 2000, on se dit inévitablement qu’on va avoir affaire à un énième groupe banal et sans ambition…

Alors du coup, après une courte intro intitulée « Incantation » (un hommage à Helloween ?), on est presque surpris de voir débouler un titre comme « Visions of Death ». Riff percutant lorgnant sur le heavy, mélodie catchy, refrain efficace : manquait plus qu’un bon solo (une constante sur cet album, cet exercice n’étant visiblement pas un des points forts des Allemands) et on avait affaire à de la came de premier ordre ! D’autant que le second titre, « We Are Hell », se révèle du même acabit et on en viendrait presque à penser que le groupe pourrait tirer son épingle du jeu dans un genre qui fait du surplace depuis pas mal de temps. Mais attention, le thrash est affaire d’endurance, et il est difficile de tenir la distance sur tout un album. Rapidement, on se rend quand même compte que le chant est limite : la voix d’Eric Kaldschmidt, à mi-chemin entre un Peavy Wagner enroué pour le grain et un Hetfield pour les intonations, manque singulièrement de relief et d’assurance. De plus, la plupart des riffs envoient du bois, mais Abandoned peine à composer des refrains efficaces. On se retrouve avec plusieurs essais non-transformés sur les bras (« Disorder », « Damned For All Time », « This Is The End »), potentiellement très bons mais qui manquent la cible faute d’un refrain qui fait mouche.

Le tracklisting laisse aussi à désirer. Le groupe dispose d’un interlude et surtout d’un mid tempo de premier ordre avec « Too Blind to See » (malgré son final hors de propos, repompe de la reprise de « Breadfan » par Metallica complètement décalé avec le reste de la chanson), mais attend la toute fin de l’album pour les placer alors qu’on sent un léger coup de mou au milieu. De même, en plaçant « Trapped » en dernière piste, Abandoned manque l’occasion de valoriser le meilleur titre de l’album. Dommage, car c’est accessoirement un des plus originaux, avec des touches black pas désagréables dans la façon de jouer un riff purement thrash. De plus, s’il y a bien une leçon que le groupe n’a pas retenue des Grands Anciens, c’est qu’il vaut mieux 8 titres aboutis que 14 (dont une intro, un interlude et une outro) avec des passages à vides. Certes, il est plus délicat de sortir des albums de 40 minutes aujourd’hui, mais cela aurait permis d’éviter deux titres vraiment mauvais (« Feel the Fire », pourtant dispo sur le Myspace du groupe – choix déroutant qui va pas m’aider à convaincre les gens – et « In Search of Sanity »). Enfin, à noter, une outro qui est en fait une courte reprise (à peine une minute) du refrain de « Visions of Death » en acoustique et qui permet de boucler la boucle. Cela permettra aux thrasheux de draguer les minettes cet été autour d’un feu de camp sur la plage. Alors merci qui ? Merci Abandoned !

Malgré des petites erreurs, surtout liées à l’inexpérience du groupe et qui auraient pu être évitées avec un peu plus de temps, Thrash You ! est un album très agréable dans l’ensemble. Abandoned fait preuve d’un gros potentiel qu’on aurait difficilement soupçonné au départ et se place comme une possible révélation qui ne demande qu’à être confirmée par la suite, à condition de résoudre le problème du chant. A suivre.