Planet X Quantum

Planet X revient ! Enfin ! Quantum succède à l’excellent MoonBabies sorti il y a maintenant cinq ans (hé oui, déjà !). Cette absence s’explique par la sortie successive des trois albums solos de Derek Sherinian (Black Utopia, Mythology et Blood Of The Snake). Tony MacAlpine (celui que Malmsteen surnommait Tony McMalmsteen !) ne fait plus partie du line up, remplacé par Brett Garsed. Étant donné que ses interventions étaient brillantes sur MoonBabies, on pouvait craindre que son départ change pas mal la donne. Bizarrement non, l’arrivée de Brett Garsed ne modifie en rien le style de Planet X puisque son jeu est sensiblement identique à celui de Tony McAlpine, légèrement métallisant sur les bords ou aérien, afin de mettre en avant les ambiances futuristes des claviers.
Autrement dit, c’est là où on voit que, quel que soit le guitariste derrière, Derek Sherinian reste le seul maître à bord du vaisseau Planet X. Il n’y a pas grand chose à dire sur Quantum, on déplorera l’absence de nouveautés, la recette est toujours la même ! Quantum est peut-être un poil plus heavy et direct que MoonBabies, moins planant, mais à part ça, la différence n’est pas flagrante ! Le jeu de Derek Sherinian ne changera jamais visiblement et ses détracteurs lui reprocheront toujours sa froideur et son absence d’émotions. Son départ de Dream Theater, qui remonte à loin maintenant, lui avait permis de pouvoir s’exprimer librement dans ses différents projets, mais dorénavant, sa créativité a atteint ses limites. Le même constat est valable pour ses albums solo.
En même temps, l’absence de nouveautés est bien le seul défaut de Quantum car hormis ça, l’album fait plus que tenir la route. Les amateurs de metal-prog instrumental en auront vraisemblablement pour leur argent, les ingrédients sont bel et bien là : les subtilités de Virgil Donati, les passages plus nerveux, et parfois même techniques, alternés aux irrésistibles atmosphères inter-galactiques… Difficile d’extraire un titre plutôt qu’un autre tellement le tout forme un ensemble homogène ! Le risque est toujours de trouver ce type d’albums chiant comme la pluie, il est vrai ! C’est pour cette raison que les fans de Dream Theater (ou même de Liquid Tension Experiment) ne sont pas forcément intéressés par la carrière solo de Derek Sherinian. À réserver aux fans !

Jamait De verre en vers…

C’est l’histoire d’un type avec un béret qui jouait dans les bars de Dijon et qui aujourd’hui blinde son Zénith trois mois à l’avance… Yves Jamait est maintenant connu du grand public et tourne partout en France, mais à l’époque de la sortie de ce premier album il n’est qu’un artiste confidentiel dont la célébrité s’étend de la place Darcy à la place Wilson (comptez dix minutes à pied). Puis le buzz s’est créé, puis il a grandi, et De verre en vers… est devenu petit à petit un album-référence de cette « nouvelle » chanson française qui n’a pourtant jamais cessé d’exister. Poète paillard, romantique rabelaisien, voici Jamait et son monde où blondes et brunes se dégustent avec le même délice…
Jamait (le groupe) ce sont trois éléments : une musique, une voix et des textes. La musique est résolument populaire, et vient frôler la musette par moments (« La Fleur de l’Âge », « Adieu ») pour titiller le reggae un peu plus loin (« Y’en a qui »), la bossa (« Reste ») ou la variété (« C’est l’Heure » et son parfum Lemarque/Montand), mais le pilier qui soutient tout ça est le jazz. Incarné par les lignes d’une basse frustrée de ne pas être contrebasse et une batterie bien plus fine qu’il n’y paraît, le jazz à la Jamait fait swinguer « Le Bar de l’Univers » et « Et je Bois » comme personne et apporte à des compos aux textes noirs comme « C’est pas la Peine » un côté festif et sarcastique de bon aloi. Ajoutez un son très bien foutu, riche en basses et très organique, et vous avez un album dont l’écoute purement musicale est extrêmement plaisante. On sent un groupe qui prend clairement son pied en jouant, ce qui fait toujours du bien.
L’accompagnement étant d’une telle qualité il fallait que la voix suive… et c’est le cas. Jamait (le chanteur) est doté d’un brin de voix d’autant plus joli qu’il peut à volonté le rehausser d’un petit grain rocailleux pour appuyer les moments les plus intenses (le métalleux en moi parlerait de chant clair/agressif). Il exprime avec le même talent la gouaille d’une joyeuse nuit de biture, la déprime profonde liée au vide intérieur ou la tendresse pour l’être aimé. Et si l’homme sait se faire polymorphe vocalement, ce n’est que le reflet de son univers intérieur : l’univers de Jamait est placé sous le double symbole de la poésie la plus douce et de la jouissance procurée par les plaisirs physiques, le sexe et l’alcool en particulier. Jamait est en fait ce qu’on attendait depuis longtemps : un poète avec une paire de couilles! Jamait n’a en effet pas son pareil pour produire des textes d’une qualité littéraire remarquable sur des thèmes profanes, tel un Brassens avant lui…
L’exemple le plus bluffant de ce mariage est « Le Bar de l’Univers » qui développe une métaphore filée sur les planètes tout au long du titre, dont le thème est… la déconvenue de l’auteur après s’être pris un râteau dans un bar, et la cuite qu’il prend en conséquence. « C’est l’Heure » parlera à tous ceux qui ont vu la ville s’éveiller alors qu’ils partaient se coucher après une nuit blanche, la description étant d’une justesse et d’une beauté peu communes. Jamait peut être tour à tour revendicatif, féroce voire très vache (« Ok, Tu t’en Vas »), optimiste car amoureux (« Adieu à Jamais ») ou exprimer un spleen d’une intensité à couper le souffle, comme sur le chef-d’oeuvre « Dimanche (Caresse-moi) ». La guitare de Laurent Delors accomplit des merveilles sur ce titre qui reste un des plus grands arrache-tripes dans son genre, et est devenue culte chez les (nombreux) fans du bonhomme.

Il y a vraiment très peu à jeter sur ce recueil de chansons : on rit, on s’emporte, on s’émeut, et surtout on s’y retrouve qui que l’on puisse être. Il y a au moins une chanson sur cet album qui vous touchera profondément car elle renverra à votre vécu, à moins que vous n’ayez jamais rien ressenti de votre vie. Ce côté cathartique renforce l’impact et le plaisir d’écoute d’un premier album hors-normes qui a suffi à garantir à son auteur une place de choix dans le coeur de la jeunesse dijonnaise puis française. A part quelques titres plus inégaux comme « Dis quand Reviendras-tu » ou « Sans Façons », c’est du pur bonheur. Faites-vous plaisir, et en attendant d’acquérir l’objet (superbe et peint par l’auteur) appréciez ces quelques extraits :

Sur le comptoir de l’Univers, une Vénus crépusculaire
Boit du lait-rhum un peu amer en attendant son Jupiter
Sous sa parure d’oripeaux, ainsi à l’aise comme dans sa thurne
Une fumée bleue de Neptune sortant de sa bouche en anneaux… (« Le Bar de l’Univers »)
Ce soir si ma muse est brune, je voudrais la boire sur lie (lit)
Ne garder d’elle que l’écume, le souvenir d’un oubli (« Et je Bois »)
Caresse-moi, caresse-moi! J’ai le ventre gonflé de larmes
Ce soir la vie me rétame, caresse-moi, caresse-moi…
Caresse-moi, caresse-moi! Ne laisse pas ce jour vieillir
Sans poser avant qu’il n’expire
Tes mains sur moi… (« Dimanche »)
C’est l’heure où tous les rêves vont être assassinés
Par l’aiguille acérée de l’exactitude
Où les corps vont se plonger sans la multitude
C’est l’heure! (« C’est l’Heure »)
Et je bois, et je bois, et j’imbibe ma carcasse
De tout ce qui coule, qui est fort, alcoolisé, et qui fracasse (« Et je Bois »)

Silent Force Walk The Earth

Mine de rien, le groupe de DC Cooper continue sa percée et enquille les albums, rappelant qu’il existe bel et bien un public pour le speed-metal mélodique traditionnel. Soutenu en premier lieu par la jolie réputation de l’ex-vocaliste de Royal Hunt, Silent Force a su démontrer d’autres atouts et mettre en lumière sa légitimité en tant que groupe professionnel. Professionnel, il l’est assurément. Peut-être même un peu trop.
La mécanique est bien rôdée. Les compositions d’Alexander Beyrodt, assorties de la production irréprochable de Dennis Ward, s’inscrivent dans la lignée des hymnes du metal mélodique les plus reconnus. Son style, comme il aime à le rappeler lui-même, cristallise un son de guitare vintage évoquant Rainbow et Deep Purple dans un contexte contemporain – comprendre une production moderne. La chanson-titre « Walk The Earth » représente plutôt bien la réussite dans l’entreprise.
Histoire de bousculer un tantinet l’ordre établi, Silent Force s’essaie aussi, dans « Goodbye My Ghost », à un improbable crossover entre power-metal et rock gothique fashion, où DC use de sa voix grave – ce qui est rare – pour un résultat au final pas si déstabilisant que ça. Joli coup d’essai donc. Mais Walk The Earth, malheureusement, est loin d’aligner des bonnes idées sur la longueur. Le reste de l’album, pour parler vrai, est un condensé de titres heavy à l’allemande au degré zéro de l’originalité. Ce qui ne signifie pas, attention, que la qualité n’est pas au rendez-vous.
Il y a bien le gimmick du folk oriental, qu’Alexander Beyrodt aime utiliser au moment où l’on s’y attend le moins : « Man & Machine », « The King Of Fools », « Save Me From Myself ». Guère dépaysant, surtout quand déboule derrière un refrain héroïque rhapsodien prévisible à des kilomètres. 90 % de l’album est donc sans surprise, oscillant entre Stratovarius, Helloween, Gamma Ray, Royal Hunt… On se surprend à penser à Dionysus, qui dans le genre « Ctrl + C, Ctrl + V » faisait déjà bien fort. A l’instar du groupe d’Olaf Hayer, Silent Force fait du speed. Et il le fait bien. Ça s’arrête là.

Jethro Tull War Child

Profondément blessé par les critiques, Ian Anderson décide de s’éloigner le plus possible de l’ambition démesurée de Thick As A Brick et A Passion Play, avec un album simple, direct et dépouillé : War Child. L’heure de la revanche a sonné, War Child est un bon p’tit album rock des familles et il faudrait en tenir une sacrée couche pour le classer dans le rock progressif (comme c’est le cas pour certains Tull d’ailleurs, soit dit en passant).
Ce qui surprend d’entrée de jeu sur War Child, outre sa pochette pseudo-moderne assez laide, c’est justement son absence d’ambition et son côté « déjà-entendu » : on retrouvera en permanence des éléments d’A Passion Play (l’utilisation du saxophone, Ian Anderson n’a jamais aimé en jouer), Thick As A Brick et Aqualung. Dans sa construction, War Child tendrait davantage à se rapprocher d’Aqualung, dans une version extrêmement simplifiée encore. Pourtant, dès l’intro au piano et saxo sur le morceau-titre, on se croirait encore sur le théâtral A Passion Play… clin d’œil ? David Palmer (oui, celui qui a changé de sexe récemment !) n’est pas encore crédité comme membre à part entière du groupe, ses orchestrations légères constituent un plus, elles sont toujours placées avec parcimonie. Les réfractaires à ce genre de procédés pourront toujours avancer l’argument qu’en plein milieu des années 70, leur utilisation n’avait rien d’original dans la musique populaire. Certes !
En plus des guitares à nouveau tranchantes de Martin Barre, souvent proches du hard rock, on oublie d’évoquer les claviers « vintage » de John Evan qui constituent un des éléments-clé du son Jethro Tull des années 70. Leur importance n’est pas à négliger. Même chose pour l’ingénieur du son Robin Black, il sera présent à chaque enregistrement jusqu’à Broadsword And The Beast, tous les albums de Jethro Tull avec lui portent sa griffe. Et son absence sur Under Wraps se fera ressentir, c’est le moins qu’on puisse dire ! La rythmique basse-batterie se démarque également des groupes de rock habituel grâce au toucher « celtique » unique de Barriemore Barlow. Sa participation, 10 ans plus tard, sur le premier album solo de Yngwie Malmsteen en atteste, il y est pour beaucoup dans la coloration folklorique dudit album, pas du tout typé « metal » comme les autres batteurs du Maestro.
Dans un premier temps, War Child ne nécessite pas de nombreuses écoutes, là où ses prédécesseurs, quelque peu surchargés, étaient assez difficiles à assimiler. À l’inverse, War Child n’atteint que trop rarement l’excellence des classiques du Tull, il ne faut pas en attendre autre chose qu’un simple bon album, dépourvu d’ambition. Peut-être que si « WarChild », « Back-Door Angels » et « Bungle In The Jungle » étaient apparues sur Aqualung, elles auraient été considérées comme génialissimes. Mais on ne peut pas en dire autant des autres.
Les morceaux acoustiques (« Ladies », « Only Solitaire », « Skating Away On The Thin Ice Of The New Day ») sont sympathiques, mais ils sont expédiés trop rapidement pour pouvoir réellement marquer les esprits, et ce malgré l’utilisation originale d’un accordéon (par John Evan) sur certains d’entre eux. Quelques riffs heavy bien envoyés (« SeaLion »), avec en prime des solos explosifs sur fond d’orgue Hammond (« Back-Door Angels »), un des moments les plus intenses du disque, évoquant un peu Deep Purple par la même occasion. L’humour est toujours présent (« Bungle In The Jungle »), le mélange de styles musicaux antagonistes également, avec une dynamique folk des plus entraînantes (« The Third Hoorah », « Tow Fingers »).
Si War Child demeure oublié dans la discographie du Tull, puisqu’il constitue une régression artistique qui se poursuivra sur Minstrel In The Gallery et Too Old To Rock ‘n’ Roll : Too Young To Die !, il n’en est pas moins assez bon, agréable à écouter, pas prise de tête.

Welten Brand The End Of The Wizard

Dans le genre « forces parallèles » au metal, un groupe comme Welten Brand risque de rameuter à lui un certain nombre de headbangers. L’ambiance est majoritairement très sombre, au sein d’un album cold-wave atmosphérique lorgnant sur le gothique. On ne peut plus, fin 2006, parler d’un tel groupe comme d’un élément novateur. Mais The End Of The Wizard n’en est pas pour autant un disque dénué d’intérêt, pour qui aime les sombres vibrations de combos comme Anathema ou Elend. Petit détour par le Liechtenstein, ça n’arrive pas souvent.
Le contraste voix grave masculine / voix angélique féminine est exploité sous toutes ses facettes, d’où le rapprochement du groupe aux Theatre Of Tragedy et autre Tristania. « Question Of The Night Ghost » est à cet égard une réussite, tout comme la pseudo-ballade « The French And The Wine ». Les arrangements orchestraux par ailleurs fortement redondants prennent ici une dimension particulière, peut-être due au fait que la batterie finit par s’emballer en fin de titre, échappant au mid-tempo rapidement gavant qui sévit sur l’ensemble de l’album. Rythmiquement parlant, Welten Brand est faible, voire ridicule ; mais là n’est point leur propos. Il suffit d’entendre le mix, noyant la guitare électrique sous le piano et les effets orchestraux, pour comprendre que le heavy metal n’est qu’une vague influence, et que la new-wave a finalement engendré, elle aussi, un certain nombre de dérivés musicaux plutôt viables.
Il est néanmoins difficile pour Welten Brand de se montrer innovant, si ce n’est par l’utilisation d’instruments peu courants – un peu de xylophone par-ci, deux-trois notes de basson par-là – et l’atmosphère libérée par cet album s’en trouve en fin de compte bien linéarisée. L’auditeur risque donc de se montrer moins réceptif à cette mélancolie ambiante une fois passée la première moitié du disque. D’autant que les titres tendent à chercher une déstructuration dans la longueur, accentuant l’effet de redite (« The End Of The Wizard »). Le chant féminin, proche du lyrique, est toujours juste mais manque de sentiments, la faute à une mécanique bien carrée. Une impression globale d’un album irrégulier donc, ce qui est paradoxal étant donnée la non-diversification poussée à l’extrême adoptée par le groupe. Welten Brand, les AC/DC du goth ? À voir sur la longueur.

Pyro Stab In The Back

Longévité ne rime pas toujours avec qualité, Pyro en est la preuve vivante. Groupe français formé en 1992, leur premier album, Velvet Glove, avait été produit par Renaud Hantson (Satan Jokers). Pyro a également eu deux chanteurs différents et sur Stab In The Back, force est de constater que ce dernier est bien faux… on parle du chant bien sur ! Ajoutons à cela des plans éculés dans un heavy ou hard rock des plus classiques, une production frisant l’amateurisme, l’impression d’entendre des pains sur certains solos (suffit d’écouter « Fuel My Engine »… à moins que ce soit le son « garage » qui donne cette impression ?), l’absence d’accroche aussi bien au niveau des riffs que des refrains… la totale !
Dans sa biographie, Pyro met en avant la participation de noms prestigieux de la scène hard rock française comme Renaud Hantson, le chanteur de Blackwhite, Eric Fermentel, ou Deborah Lee pour les « backing vocals ». Mais ce n’est pas ça qui va relever le niveau. A priori, l’album commence bien avec « If Words Were Swords », du hard rock qui se laisse écouter. Seulement voilà, les morceaux sont tous pareils, c’est mou, ennuyeux et à la fin (pour ceux qui auront réussi à aller jusqu’au bout), on n’en peut plus. Quelques idées de riffs sympas comme sur « Cheshire Cat Smile », « Loaded Dice » et « Strange Sensation », mais dès qu’arrivent les refrains… comment dire… déjà que le chant est faux, mais alors le gars qui vient seconder le chant, c’est encore pire, un vrai massacre ! C’aurait été un bootleg encore, on aurait pu être indulgent, mais là, sur un produit censé être « travaillé »…
Si on s’en tenait aux riffs, ça pourrait passer, à la rigueur ! La pochette est plutôt cool, c’est déjà ça. Mais bon voilà, il y a le chant, les refrains ratés, les « chœurs » ! À en lire les différentes critiques sur le web, Stab In The Back ne semble pas faire l’unanimité, c’est le moins qu’on puisse dire ! Et quelque part, c’est bien normal, il suffit juste de comparer avec les groupes de hard rock de qualité qui sont signés (ou distribués) par Bad Reputation… Pyro ne fait vraiment pas le poids à côté ! Si le hard français a pu donner lieu à des groupes parfois risibles (Attentat Rock au hasard), Pyro n’en fait pas partie… non eux, ils sont plutôt déprimants !

Vomitory Terrorize Brutalize Sodomize

Je dois bien avouer une chose : l’écoute de cette album m’a tout d’abord terrorisé. Quoi ? Après maintenant plus de dix ans de carrière (et plus de quinze d’existence !!) et cinq albums au compteur, Vomitory existe encore ? Eh bien oui, le groupe continue son petit bonhomme de chemin dans l’underground Suédois et international. Et puis j’ai écouté, et j’ai été brutalisé. Du gros death-metal qui tâche, de quoi récurer les oreilles jusqu’au sang et se faire un lavage de cerveau à moindre frais. Parce que c’est de cela qu’il s’agit, et les allergiques au brutal death old-school peuvent passer leur chemin. Et puis pour finir j’ai été sodo… euh… non, ça c’est une autre histoire.
Terrorize Brutalize Sodomize : tout un programme pour le sixième album des Suédois, trois années après Primal Massacre, qui reçut un joyeux accueil parmi les fans de death-metal. Un changement discret de line up (un guitariste de perdu, un de retrouvé) et les revoilà sur le pied de guerre. Aucune surprise, les Suédois n’ont toujours pas entendu parler de l’expression « prendre des gants » (ou alors sortie de son contexte et pour une utilisation bien précise dans un cadre medical) et quant à la finesse, ils en ont peut-être eu des notions un jour mais n’ont pas poussé les recherches plus avant. Et c’est tant mieux.
On commence avec « Eternal Trail Of Corpses » : blast beats, growl, gros son. On enchaine avec « Scavenging The Slaughtered » : mid tempo, gros son, growl. Le titre éponyme, « Terrorize Brutalize Sodomize », nous offrira du mid tempo, du gros riff et… du growl. On pourrait continuer sur cette lancée pour les dix titres qui composent cette galette, parce que la recette du death-metal « traditionnel » tel que pratiquée par Napalm Death à ses débuts, Cannibal Corpse, Vader ou encore Grave ne comporte qu’un nombre limité d’ingrédients. Pour autant, les réunir de façon consciencieuse ne produira pas forcément un album de qualité, car le death-metal est un genre exigeant.
Mais on peut affirmer que Vomitory possède une bonne expérience du genre, et ça se sent. Ils ont eu le temps de digérer (puis bien sur de vomir et enfin de ré-ingérer) les différentes composantes du genre. En ressort donc un album massif, brutal, absolument pas original (et j’insiste sur ce point) mais diablement efficace. Les nostalgiques de la grande époque du death des années 90 se surprendront, une larme à l’œil, à penser avec nostalgie à leur première écoute de Butchered At Birth ou de De Profundis. La sensation de se faire malmener les esgourdes par une bande de boucher est intacte, et bien qu’on ait déjà entendu vingt-cinq fois ce genre d’album, il est toujours possible de prendre du plaisir en le découvrant.
On va retrouver des riffs typés Obituary (« Burning Black ») et des mélodies indéniablement inspirées de Bolt Thrower (« March Into Oblivion » ou encore la fin de « Cremation Ceremony ») mais on sent bien que la démarche est on ne peut plus sincère, alors on ne va pas ressortir nos grands mots et hurler au plagiat. On ne trouve que fort peu de soli (sur « Heresy » ou « Cremation Ceremony »), les guitaristes préférant se concentrer sur les grosses rythmiques bien adipeuses. Bref, vous l’aurez compris, un album plaisant et efficace, à réserver à l’amateur de death qui n’en aurait pas assez avec la discographie des pointures du genre.

Wastefall Soulrain 21

Ayant découvert Wastefall avec Self-Exile (comme la plupart des gens) et ayant pris une sacrée claque (comme la plupart des gens), il fallait maintenant s’intéresser au reste de la discographie du combo grec qui monte qui monte. Soulrain 21 a été l’album de la révélation dans le pays d’origine du groupe, ouvrant la voie pour la carrière internationale qu’ils sont en train de commencer (rappelons qu’ils ouvrent pour Pain Of Salvation sur la totalité de leur tournée européenne cette année). Et à l’écoute de cet album fabuleux, on comprend très vite pourquoi le public grec a complètement craqué… car si Self-Exile est un très bon album, Soulrain 21 est pour sa part énorme.
Ce qu’il y a de bien avec les groupes de metal prog qui n’ont pas encore perdu leur insipiration, c’est que chaque album est une surprise. Soulrain 21 est vraiment très différent de Self-Exile, et comme ce dernier est l’album que vous avez le plus de chances de connaître, le jeu des contrastes et des ressemblances semble indiqué… Première chose, évidente : le son n’a pas grand-chose à voir avec ce qui viendra ensuite, à part le côté néo/thrash des guitares qui sont encore plus violentes. Mais le chant n’est pas mixé du tout de la même manière : il se fond aux instruments au lieu de tout dominer, et en général l’aspect « propre » de la prod de Self-Exile est absent, le tout sonnant cru tout en étant lisible et carré. Le jeu des musiciens est aussi différent : l’ancien bassiste slappe pas mal et la dose de groove est conséquente… le couplet de « Stunned To The World » enchaîne les ambiances funk-metal à la Faith No More et les gros riffs à la Rage Against The Machine avec bonheur, Domenik balançant un flow rap-agressif étonnant. Le refrain voit l’homme atteindre le point de rupture de sa voix tout en faisant passer l’émotion avant tout (comme toujours), et les riffs qui suivent pourraient faire jouir un public de hardcoreux. Bluffant!
Wastefall pourra toujours être taxé de clone de Pain Of Salvation par certains, le fait est qu’on reconnaît immédiatement la patte du groupe, et ce malgré l’évolution de style évoquée plus haut (à laquelle il faut ajouter un batteur très sobre et n’ayant rien à voir avec la moissoneuse-batteuse qui joue sur l’album suivant). L’approche est précise et pensée, et les ambiances distillées par la paire Papaemmanouil/Katsiyiannis sont très typées. On trouve sur Soulrain 21 beaucoup de plans semi-contemplatifs ou les accords tenus de guitare servent de terrain de jeu au chanteur surdoué, les riffs écrasants et les breaks incongrus servant de liant à la sauce. La part de métal est très forte : écoutez la partie centrale de « Empty Haven » et vous comprendrez… et quand les riffs en twin lead laissent place à une partie orientale où le chant de Domenik se fait à la fois imprécatoire et agressif, auréolé de guitare et de cithare, c’est juste très beau. Concernant les interludes instrumentaux, l’intro « Soulrain » est une très jolie entrée en matière superposant les mélodies de guitare et de violon avant de balancer méchamment la sauce mais « Lullaby For The Gods » ne présente pas vraiment d’intérêt, sauf pour les accros aux musiques de Final Fantasy.
L’album part sur les terres de l’ambient-electronica avec succès dans un « Lesser » hypnotique et torturé, qui repart dans le metal-prog sans prévenir à mi-chemin. Ce titre est presque emblématique du groupe : l’émotion passe avant tout et c’est pour ça que c’est bon. « Live With It » présente ainsi superbe une mélodie d’intro qui laisse place à des riffs néo-hardcore monstrueux… et quand le groupe lâche la pleine puissance à la fin c’est presque indescriptible tant c’est intense. On trouve aussi deux chansons acoustiques sur le disque : si « Summerlonging Angels » est assez quelconque (Angra a fait la même en mieux), la ballade « 21 » – dédiée aux vingt et un enfants morts dans un accident de car qui a retourné la Grèce – est jolie de bout en bout, le choeur final collant même limite le frisson. En fait cet album montre un Wastefall capable d’assurer dans tous les domaines : la pièce géniale de dix minutes qu’est « Riot Of Oblivion » lie ambiances arabes et sirtaki-métal (!!) avec un succès insolent, tout en confirmant une fois encore les points forts habituels de l’album : puissance (c’est l’album de prog-metal le plus violent que je connaisse avec Train Of Thought), facilité désarmante à enchaîner les ambiances, intensité émotionnelle fantastique et interprétation sans faille. Que c’est bon…
À part un instrumental et une ballade en-dessous du lot, Soulrain 21 propose donc une musique époustouflante de maîtrise et de qualité, surtout pour un deuxième album. Si Self-Exile est un très bon recueil de chansons, ce disque est tout simplement le manifeste d’un groupe qui n’a certainement pas fini de nous faire vibrer. Soulrain 21 est un achat obligé pour tout fan de métal prog qui se respecte, que cela soit dit! Allez, je me le remets…

Incubus Light Grenades

On me disait à la sortie du 6ème effort d’Incubus : « Aah ! Enfin un bon album depuis Morning View », je me disais : « Chouette !! Ca va nous changer »… et puis finalement la déception est une nouvelle fois au rendez-vous. Il y a fort à parier que les fans de la première heure (dont votre serviteur) vont finir par se lasser. On ne va pas les blâmer de vouloir conquérir un public plus large qu’il ne l’est déjà mais il est certain qu’Incubus semble avoir définitivement perdu la flamme, le temps de S.C.I.E.N.C.E est bel et bien révolu. Un mal pour un bien ? Peut être pas pour tout le monde même s’il est maintenant évident que le virage amorcé avec Morning View en 2002 n’avait rien d’épisodique.

L’évolution artistique d’Incubus est en marche. Avec Light Grenades, le groupe enfonce encore un peu plus le clou avec un rock-pop formidablement bien produit (O’ Brian aux manettes), avec tout ce que peut comporter le mot « pop ». Ca ne partait pourtant pas trop mal, passée l’intro hypnotique « Quicksand », on démarre avec le sérieux « Kiss To Send Us Off », chanson rock dans le plus pur esprit Incubus. On reconnaît la « patte », le chant (évidemment), le coté groovy, tout est là. Et puis on enchaîne avec la première des ballades, lesquelles viennent un peu trop polluer l’album à mon goût (« Dig », « Love Hurts », « Oil and Water », « Earth to Bella Pt1 » et Pt2). Ces véritables petites bombes commerciales ont toujours eu la part belle sur leurs albums, il faut dire que la voix sensuelle de Brandon Boyd s’y prête à merveille et il y a de la matière pour quelques bons clips sur MTV. La machine Incubus est lancée…

L’album se divise en fait en deux. D’un cot les ballades justement, qui ne manqueront pas d’attirer un public résolument féminin et de l’autre une étonnante succession de titres à la fois tous très différents des uns des autres et tellement Incubus. Visiblement le fait que le groupe tout entier soit impliqué dans l’écriture apporte pas mal de bonnes choses. Les titres « Anna Molly » et « Rogues » nous offrent quelques belles surprises. On y trouve une guitare très pétillante, une mélodie catchy, c’est très bien senti. Et il y a le reste, de l’ordre de l’anecdotique : le titre « Diamond and Coal » en est la plus belle illustration. On l’écoute une fois, deux fois et bien que ce ne soit pas fondamentalement mauvais, l’auditeur ne peut définitivement pas s’accrocher à la moindre branche. C’est lisse, bref sans intérêt. Vraiment dommage qu’un groupe de cette trempe avec un chanteur de talent tel que Boyd nous sorte rien de plus original.
Sixième album et deuxième déconvenue pour Light Grenades. Les puristes attendaient un album rock pur jus, les basses considérations mercantiles auront accouché d’un album mi-figue mi-raisin. Au final, on a bigrement l’impression que ça ne satisfait personne. Allez patience !! Le prochain c’est le bon…

Edge Of Sanity Infernal

Avant de parler musique, parlons un peu histoire. Infernal marque une période charnière du combo suédois, le « début de la fin » en quelque sorte. Intercalé entre le génialissime Crimson où Swanö régna sans partage ou presque et le controversé Cryptic après sa sortie (euphémisons) du groupe. Infernal semble être en quelque sorte l’album coming out de la discorde larvée depuis un moment. Il apparaît également comme un album ayant eu recours à des guests de renom, peut-être pour pallier l’absence latente de dialogue musical au sein d’EOS, se traduisant par un ensemble plutôt décousu, alternant des modes d’écriture différents, des perles et des « moyennetés », le tout tentant de ménager l’ego de chacun.
Si l’on évoque les guests, on peut faire une jolie brochette de qualité : Michael Akerfeldt (Opeth) a écrit les paroles de « Forever Together Forever », Jonas Renkse (Katatonia) a fait de même sur « Losing Myself » et Peter Tägtgren a taquiné la guitare sur « The Bleakness of It All », en plus de son travail de mixage de l’album, fort notable par ailleurs. Le fœtus de Bloodbath commence à grandir. Ajoutons à cela Anders Måreby au violoncelle sur « The Last Song » et on obtient également une réminiscence de Unicorn, side project rock progressif avec Dan Swanö. Les connaisseurs qui chercheraient Sami Nerberg, un des guitaristes historique du groupe, ne le trouveront qu’à l’écriture de « Burn The Sun », il n’a pu participer à cet album pour des raisons personnelles.
On pourrait diviser musicalement cet album en trois parties distinctes qui correspondent également à trois line up différents. Le premier, et le meilleur faut-il le souligner car plus en rapport avec l’âme du groupe par ses riffs puissants et mélodiques, est placé sous le signe de Swanö, à savoir qu’il a au minimum écrit la musique (et parfois les paroles) : « Hell Is Where The Heart Is », « 15:36 », « Forever Together Forever », « Losing Myself » et « The Last Song ». C’est également sur ces titres que ses futurs acolytes de Bloodbath ont écrit les paroles. L’autre point assez frappant de cette « partie » est qu’un seul des musiciens du groupe, Benny Larsson l’a accompagné (Dan jouant lui-même), et qu’aucune des paroles associées à ses musiques ne furent écrites par les autres (seulement par des invités plus ou moins célèbres). Gageons que les amateurs des Crimson se retrouveront ici, ainsi que ceux qui apprécient les alternances vocales growl/clair.
La seconde partie, que ne renieraient pas les fans du premier jour, est relativement plaisante, et c’est grandement grâce au growl bien gras et puissant de Swanö qui s’est « contenté » de donner uniquement sa voix, le duo Axelson/Larsson assurant paroles et musiques (avec l’aide de Lindberg et Nerberg épisodiquement). « Damned (By The Damned) », « Hollow », « Inferno » et « Burn The Sun » arrivent à marier comme au bon vieux temps une voix parfaitement en accord avec les riffs rageurs et inspirés des musiciens, distillant un death old school comme on les aimait, francs, diablement efficace et tenant ce son indissociable du groupe. En plein dans la lignée The Spectral Sorrows et Purgatory Afterglow.
La dernière partie, limitée heureusement à « Helter Skelter » et « The Bleakness Of It All », peut à juste titre être considérée comme la naissance de Cryptic, comprenez que Swanö n’y prend pas part, Axelson/Larsson assurant toujours paroles et musiques, mais c’est Axelson qui donne de la voix cette fois. Loin d’être mauvais, son râle plus black que death souffre de la comparaison avec celui de Swanö car banal et en retrait par son manque de coffre. Il ne renouvellera pas l’expérience d’ailleurs, un autre front man fut trouvé sur Cryptic. Musicalement, cette partie ressemble parfois à du vieil Hypocrisy, le mur de guitare et les blasts mitraillés en moins, mais le timbre vocal rappelle un peu Tägtgren.
Déséquilibré serait le mot presque juste pour cet opus, s’il n’avait pas cette connotation péjorative. Les bombes « Swaniennes » contrastent avec les faiblesses de son absence, mais elles sont vraiment réussies à l’instar des titres nostalgiques de l’époque de l’entente cordiale, ce qui aboutit finalement à un bon album, qui aurait pu être bien meilleur si l’on considère son grand frère de 1994. L’après Infernal se traduisit par l’implosion, comme le laissait supposer les frondes internes. Quel dommage… ou pas, car Bloodbath put être fondé et Swanö continuer heureusement son chemin pour revenir à Crimson II, en passant par Moontower.