Abandon – In Reality We Suffer

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Douce intro qui nous accueille… Peut-être est-ce pour mieux nous tromper. Ce ne serait pas la première fois. Et effectivement il en est ainsi. Abandon est un groupe abrasif, les tympans vont être secoués lors de l’écoute de cet album. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance avec cette mignonnette intro toute en touché de batterie pas violente pour un sou. Mais par la suite, les grattes terriblement grasses vous feront comprendre que Abandon n’est pas ici pour rigoler. Vraiment pas même. L’ambiance n’est pas à la franche déconnade. Le titre de l’album aura suffit à vous mettre sur la piste, ce n’est pas d’amour et d’eau fraîche dont nous traiterons ici.

Et oui! vous attendiez quoi d’un groupe de doom apocalyptique? Ah ha! Vous ne saviez pas qu’il s’agissait de doom? Soyez-en pour vos frais maintenant. L’ambiance est maîtresse et elle est affreusement lourde. Enfin de doom… J’ai rajouté consciemment l’adjectif apocalyptique à la chose (repoussante) car une forte connotation Neurosis se fait entendre (je n’en ai jamais entendu qu’une chanson issue de Times Of Grace, mais le son colle parfaitement). Dans cette ambiance post apocalypse que délivrent d’excellents riffs et ces coups de butoirs assenés de concert par la basse (très présente) et la batterie, la patte Neurosis se fait indéniablement sentir durant les passages les plus durs de la galette. Pour autant, il n’y a pas que du Neurosis, il y a aussi du Abandon car le groupe se ménage des plages plus calmes et moins stressantes (comprenez dans le bon sens du terme). Celles-ci sont un refuge pour les riffs plus calmes où les cordes sont simplement effleurées pour ne pas les casser et pour les frappes douces sur les fûts.

Cette alternance entre déchaînement et délicatesse est salvatrice sur un disque où le mal-être est omniprésent. Elle permet aussi de varier les tempi puisque les zones de turbulences, bien que toujours jouées lentement, recèlent plus de véhémence que celles plus raffinées. Ces dernières ont un tempo doom plus commun. Toujours dans cette optique de dualité musicale (psychologique aussi?) on notera que seules les parties les plus apocalyptiques sont ornées de chant. L’autre facette de la musique n’a en effet pas le droit au support vocal. Pourquoi? Peut-être parce qu’il n’y a pas dans le groupe de chanteur capable d’assumer un chant clair calme et posé qui serait de convenance avec une telle forme d’expression musicale. Car pour les moments de furie c’est un chant post hardcore couplé à un autre plus guttural toujours plus hurlé que growlé, il y a deux chanteurs, auxquels nous avons droit, en droite ligne avec la musique alors proposée. Au moins le groupe a-t-il l’intelligence d’adapter son chant au style de musique jouée.

Le tout nous donne un entrelacement de styles proches et complémentaires qui n’est pas dégoûtant du tout. Certes ce n’est franchement pas exaltant de joie de vivre et c’est plus écoeurant qu’autre chose que de devoir écouter un tel album, mais pour ceux qui apprécient, il s’agit d’un excellent choix. La furie de la saturation à outrance et la délicatesse des accords savamment distillés cohabitent avec bonheur dans ce malstrom qui arrive à dégager une personnalité forte aux couleurs de son livret torturé. Tout n’est pas parfait pour autant  puisqu’il se peut qu’on trouve le temps long lors des morceaux à rallonges qui n’en finissent pas de finir ce qui freine les ardeurs quand on sait qu’il s’agit d’un album qui s’écoute d’une traite pour être pleinement apprécié (soixante-seize minutes tout de même). Deuxième point de discorde, les chants sont lassants à la longue car pas suffisamment travaillés, maîtrisés et uniques.

Mais que cela ne repousse pas les amateurs de musique dépressive car ils trouveront ici de quoi passer du temps pour broyer leur noir, seuls bien évidemment.
Line-Up :

Johan Karlsson (chant)

Ingvar San (guitare)

David Fredriksson (basse)

Dani Cosimi (batterie)